05/02/2016 15:46
26 Octobre 2012
C’était une histoire d’amour, une de plus à faire malheureusement la une des journaux.
Je dis malheureusement car la plupart de ceux qui jugent et s’offusquent ont oublié le temps de leur jeunesse, tout se passant comme si, un jour – mais lequel ? – ils ont basculé, au sommet de la côte, pour s’en aller rejoindre le rivage des brumes.
Il y a des jours ainsi où je crois fermement que, malgré tout, je n’aurais jamais pu devenir procureur, tant il y faut faire abstraction de toute sa mémoire, sa sensibilité et ne regarder qu’un petit livre rouge où s’inscrivent les lois, en lettres capitales, celles du code et non du cœur.
L’histoire d’amour s’était enflammée à Guingamp, elle était jugée au tribunal de la ville.
Il avait quarante ans, elle en avait quinze. Il était son professeur de français, elle était son élève. Ils se rencontrèrent, ils s’aimèrent. Grande différence d'âge en effet...et même "insultant" à la face du monde. En tout cas difficilement acceptable...Mais amour vrai, cela paraissait évident.
Il y avait d’abord eu l'admiration intellectuelle, puis l'affection. A quinze ans, c’est l’âge où l’on recherche son identité, son indépendance, un autre univers que celui oppressant, pesant de sa famille. Le monde s’ouvre à vous en même temps que la découverte des premiers romans, des premiers vers. Le romantisme ne meurt jamais et brûle toujours le cœur des adolescents. Alors quoi de plus humain que de reporter cet amour défaillant vers celui qui vous en parle au travers les œuvres romanesques et dont la quarantaine toute fraîche est gage de solidité, de savoir et d’expérience ?
A la fois père et "petit ami" !
Celui ou celle d’ailleurs, souvenez-vous de Gabrielle Russier, ce professeur qu’aima son élève, Christian, et qui se suicidera en 1969 après avoir été condamnée pour cet amour partagé. Rien de tel aujourd’hui, puisque le professeur de Guingamp a été relaxé malgré la réquisition du procureur, réclamant un an d’emprisonnement, cette histoire n’étant pas celle de Roméo et Juliette.
Mais non, madame le procureur, ne restons pas basiques, comme vous le demandiez.
Toutes les histoires d’amour sont celles de Roméo et Juliette, à tout le moins dans leur ébauche sinon – que Cupidon protège tous les amants de la terre –dans leur conclusion tragique. Mais plutôt que de penser à ce que pouvaient éprouver deux êtres quand un amour interdit – mais interdit par qui ? Les lois. La morale...

Et tant d'autres barrières légitimes ou non...
Certes pas par cette loi irrépressible, inextinguible que Jean-Louis Bory comparaissait à la recherche de sa moitié d’orange, celle de la nature – quand donc l’amour frappe à leur porte - plutôt que de raisonner et de s’interroger si un enseignant se doit ou non de rester insensible eu égard à ses responsabilités.
Mais les princes de nos jours s’appuient sur le code. Le parquet avait décidé de faire appel de la relaxe. Plus eu de nouvelles des suites données... Toute mémoire se perd en conjectures...
L’amour toujours suscitera le ressentiment
dans nos esprits belliqueux.
