05/02/2016 15:46
7 Mars 2016
C’est en fonction de lui seul que l’humain doit déterminer ce qu’il doit faire.

Ce plaisir n’est le fruit d’aucune spéculation, mais d’une appréciation exquise qu’instaure le sentiment de plaisir qu’il faut rechercher à tout prix et celui de peine qu’il faut fuir de toutes les manières.
Pour les hédonistes, il n’y a pas de juste milieu possible entre le plaisir et la douleur, puisque toute leur préférence et toute aversion sont désignées en référence au plaisir seul.
Celui-ci ne comporte qu’une dimension de « rafraîchissement » au niveau du simple corps, et ne satisfait en fait qu’un seul impératif : la pure jouissance réelle !
La question du plaisir ne peut être, pour Platon, une fin en soi, comme il était le cas chez les hédonistes, mais elle n’est qu’une réponse parmi d’autres.

Mais ce qui bouleverse dans ce plaisir c’est qui a échappé, jusqu’ici, à la juridiction de la raison et à tout discours, voire à l’esprit des lois grecques.
Question que Platon réglera dans deux de ses derniers dialogues. Rappelons toutefois que Platon a déjà débattu, dans le Banquet, d’une question proche du plaisir, nous voulons dire celle du désir.
A la question qu’est-ce que le désir, Platon, avait répondu que le désir est manque :
« Celui qui désire une chose qui lui manque et ne désire pas ce qui ne lui manque pas. »

Définition qui soulève certes des objections, car le riche aime l’argent, alors qu’il l’avait déjà. Mais Platon répond qu’il (le riche) veut alors « jouir de ses biens pour l’avenir aussi. »
Autrement dit, on ne désire pas l’argent qu’on a, mais sa continuation, qu’on ne peut garantir.
Tout désir est par conséquent absence : « Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour. » Le désir est ainsi source d’espoir et en même temps aiguisement de la volonté.
Deux qualités, parmi d’autres, que le bon citoyen doit posséder pour persévérer dans son être. Parmi les désirs que Platon a mentionnés, nous trouvons ceux de la richesse, de la santé, et du plaisir.
Mais si le statut de la santé ne pose aucunement problème, alors ceux de la richesse ou du plaisir posent plus d’une question. Toutefois, Platon a finalement résolu ces questions, sans ambiguïté, dans ses derniers dialogues.
Penchons-nous maintenant sur celle du plaisir...
De l’amour à l’érotisme.
L’amour devient vraisemblablement synonyme d’élévation qui, de degré en degré, passe d’un beau corps à tous les beaux corps, des belles formes à la beauté de la conduite et des connaissances.
Ce qui veut dire qu’au terme de la progression c’est le beau en soi qui se trouve atteint et aimé.
C’est ce qui a permis à Platon de rapprocher entre l’acte d’aimer et celui de philosopher.
Cette similitude permet à cet amour de rejoindre la dialectique. Ils sont analogues, puisqu’ils permettent en fin de compte de découvrir à l’âme que la beauté sensible est le reflet spéculaire de la beauté réelle.

De cette façon l’amour n’est pas une question de sentiments détachés de toute raison, mais il est une sorte d’apprentissage intellectuel, incitant l’âme à revivre selon son état initial : un amour mystique.
L’amour dénote, à ce niveau, un certain mépris du monde d’ici-bas, voire du corps tout court. Il n’est finalement qu’un moyen de fuir le tangible, et de cette façon il rejoint le philosophe.
Deux voies différentes pour une fin unique : l’amour philosophique ou la sagesse aimée.
Cependant, il ne faut pas être philosophe pour comprendre que si l’homme arrête d’avoir des rapports sexuels, le genre humain devient menacé !
Et c’est ce qui allait donner à l’érotique une connotation humaine, et non animale. En ce sens, l’amour platonique ne refuse pas l’érotisme comme tel, mais l’érotisme aliénant qui s’oppose à son dépassement.
Et s’il incite, dans la République, les magistrats à intervenir dans la composition des couples à marier, il légitime dans les Lois, les plaisirs sexuels proprement dits, qui restent toutefois en vue d’une fin suprême : le désir d’éternité.
Ainsi l’âme, qui est « principe de vie », devient principe de toute reproduction selon la disposition érotique.
Nous avons vu, jusqu’ici, que, parmi les plaisirs du corps et même de l’âme, Platon légitime la question du sexe.

Car notre philosophe est assez las de concevoir l’homme comme un être qui peut se passer de tout ce qui est plaisir, puisque l’homme ne peut être ni un Dieu ni même un Démon.
Cette sexualité recherchée et préconisée par Platon ne prend pas le caractère d’un simple plaisir animal.
Même si elle est prescrite dans la nature humaine, tout d’ailleurs comme elle l’est dans la nature animale, elle doit garder, à l’encontre de celle des animaux, des règles et des fins humaines.

La première règle qui est en même temps une fin première, et qui la plus dite de la part de tous, est la procréation pour la prolifération de l’espèce.
« Nous devons nous attacher à ce qui est l’éternel renouvellement de la Nature en laissant après nous des enfants de nos enfants, afin de donner toujours à la Divinité des servants qui nous remplacent. »
Le véritable plaisir sexuel : le mariage ou l’équivalence

Traiter la question de la sexualité, dans les derniers dialogues, n’est pas un tabou ou une question d’importance minime.
C’est un débat qui s’éloigne nettement du niveau métaphysique pour revêtir un caractère sociologique, psychologique et éthique.
Nous pouvons soutenir que même si par le mariage, le couple participe par la génération à l’immortalité, cette relation ne fera pas des deux partenaires de simples machines à procréer, du moment qu’elle est basée sur l’amour qui ne peut que s’affermir de plus en plus par l’acte et le plaisir.

Et c’est pour cette raison que l'union de caractère conjugal et fidèle, n’est pas vu en tant qu’institution sociale uniquement, mais aussi en tant que source de plaisir légitime.
Il est du devoir du philosophe, non pas seulement de traquer les sophismes, mais aussi et surtout d’éduquer les hommes, de dire aux autres, en particulier aux jeunes, ce qu’est, en réalité, l’homme (et la femme) : non pas d’après ses appétits naturels, mais dans son fond, dans son essence même.