05/02/2016 15:46
19 Octobre 2012
Pour l’homme « vital » qui ne cherche que la satisfaction du plaisir immédiat, les mots bien et mal ont une consonance gênante.
Il aimerait pouvoir profiter de l’existence, sans qu’on lui dise que ceci ou cela est mal, en étant libéré des
hésitations et des remises en causes morales. Mais est-il possible à un être humain de ne vivre sans se poser la question du bien et du mal ? N’est-ce pas se tromper soi-même que d’essayer
de se maintenir dans l’inconscience ?
Or très souvent, l’inconscience nous rend complice d’actes qui sont destructeurs. Nous devons constamment faire des choix et prendre des décisions. Pour cela il faut délibérer.
L’homme « vital » est en nous, mais il est soumis à l’homme « mental » Il ne peut pas nier sa propre conscience et sa pensée.
Et cet homme qui pense a besoin de repères du bien et du mal, de principes sûrs de ce qui est bien ou de ce qui est mal. En d’autres termes, pour juger, il nous faut des critères.
Mais où les trouver ? Sur quels critères nous appuyer pour distinguer le bien et du mal ?
Partons de la conscience commune et de la manière dont elle envisage la question du bien et du mal. La morale est présente dans la
conscience commune dans les mœurs, les comportements mesurés par des normes morales, tels qu’on les considère à l’intérieur d’une culture donnée.
Les mœurs ne sont pas une morale. Ils supposent pourtant des règles de ce qui est « bien » ou de ce qui est « mal ».
On se fie d’abord à « ce qui se fait » et « ce qui ne se fait pas ». Il y a des
comportements socialement admissibles et ils indiquent le « bien » et des comportements inadmissibles qui indiquent le "mal". Nous
nous servons en cela du jugement commun, du jugement des autres pour décider du bien et du mal. Le souci du « qu'en dira dira-t ‘on » nous porte au conformisme et le
conformisme nous ramène vers l’ordre établi. Elle allait vers les hommes du passé.
On
consultait les anciens du village pour leur demander conseil. Il est en effet important que subsiste un lien, et même un courant de sagesse entre la génération ancienne et la génération
nouvelle.
La génération la
plus âgée fait figure d’autorité en matière de morale et il est normal d’aller lui demander conseil. Parce que les hommes qui ont beaucoup vécu ont davantage d’expérience, ils peuvent éduquer les
générations nouvelles.
Leur jugement possède une maturité que n’a pas celui de la génération nouvelle, qui est beaucoup plus à la merci de l’actuel.
Dans notre monde postmoderne, les traditions ont perdu leur autorité. Sous les feux de l’actualité, nous sommes étourdis, nous n’avons pas le recul ni le jugement nécessaire. Consulter la tradition pourrait nous aider, mais qui a vraiment foi dans la tradition ? Consulter la tradition, c’est se référer à des valeurs qui possèdent l’avantage de la durée, à des valeurs qui ne sont pas éphémères. Mais ce que nous privilégions, c’est l’actuel, donc le conformisme. Faire comme tout le monde, est-ce forcément bien faire ?
Le conformisme est-il lui-même moral ?
Chaque situation de la
vie est unique et particulière. Des principes trop généraux ne nous aident pas suffisamment. Nous ne pouvons pas non plus simplement imiter des exemples pour nous acheter une bonne conscience.
L’imitation n’est pas une vertu morale, ni une justification.
Les religions ont une autorité à l’égard de leurs fidèles, mais elles ne vont pas au-delà.
Elles reposent sur des codes différents. Nous ne pouvons tout de même pas attendre de les étudier toutes pour en faire une synthèse avant de délibérer d’un parti à prendre. La loi elle-même n’est qu’une aide bien vague.
Elle ne couvre pas toutes les situations de la vie. Il arrive aussi que la loi soit jugée comme immorale.
Dans ce cas, il est évident que l’on ne peut pas s’appuyer sur la loi pour en dénoncer le mal. Où est alors le critère qui jugera la loi ? De quel point de vue juger ?
Le Bien comme Utilité sociale
On peut toujours dire que c’est la société qui fournit la morale. La moralité est une obligation sociale. Examinons l'interprétation sociologique de la morale.
On admet que c’est à la société de formuler dans ses règles ce qui lui est avantageux ou néfaste. Il est assez commun de
regarder le bien comme ce qui est socialement et le mal, comme ce qui est socialement nuisible. Cela signifie que la morale se ramène à un ensemble de règles
sociales, à ce que l’on nomme les mœurs. La morale est de ce point de vue un phénomène social, au même titre que les rites, les coutumes, le langage, la politesse etc. Les caractères
du devoir sont sociaux : le devoir est collectif parce qu’il s’impose à tous les membres d’un même groupe d’individus et il est coercitif, puisqu’il impose des exigences assorties de
sanctions.
Il existe un consensus pour admettre en théorie que ce qui est utile globalement à la société est le bien, ce qui n’est pas utile, ce qui se révèle néfaste pour tous est un mal. La morale sera alors affaire de calcul utilitaire pour le bien de tous.
De plus, si la morale est d’essence sociale, le conformisme en est nécessairement la règle. Mais comment ne pas voir que
justement c’est la remise en cause d’un conformisme de la médiocrité qui est justement une conduite authentiquement morale ?
Le conformisme peut-être immoral, quand il entre dans une compromission avec la corruption ambiante.
« Faire comme tout le monde », peut parfois impliquer être complice du mal. Nous n’avons aucune garantie, en restant en accord avec les mœurs de notre temps, de rester pour autant intègres. La grandeur morale va souvent de pair avec le conflit avec les règles établies.
Le bien et le mal ne sont pas deux mondes cloisonnés, étrangers l’un à l’autre… La frontière est parfois imperceptible entre eux.