05/02/2016 15:46
11 Avril 2016
Alors même que les philosophes ne s'intéressent qu'aux incarnations de la philosophie et non aux hommes, ces mauvais coucheurs s'occupent de la philosophie.

Il y a un manque scandaleux de réciprocité.
Aucun d'eux ne saurait regarder la philosophie avec détachement, lorsqu'il la rencontre, bien que les philosophes le regardent lui-même ainsi. Les simples têtes humaines ne sont pas à l'aise dans le ciel glacial des idées.
Les lieux intelligibles ne sont pas ainsi faits qu'ils y respirent librement. Ils ont l'impudence de ne pas exclusivement s'attacher à l'élégance d'un argument, à la subtilité technique d'une solution, à l'habileté de telle jonglerie...
Ils demandent qu'on leur explique ce que telle philosophie signifie pour eux, ce qui résulterait réellement pour eux de la mise en vigueur, du succès définitif de telle affirmation philosophique sur le destin des hommes.
Certains d'entre eux qui parlent pour ainsi dire par délégation et mandat demandent des comptes à la philosophie lorsqu'elle est contre eux, ou simplement lorsqu'elle ne s'occupe pas d'eux.
Quand les philosophes traitent de l'Esprit et des Idées, de la Morale et du Souverain Bien, de la Raison et de la justice, mais non des aventures, des malheurs, des événements, des journées qui composent la vie, ceux à qui les malheurs arrivent, qui éprouvent le poids des événements, qui courent les aventures et passent les journées et passent à la fin leur vie, n'aiment pas cette manière hautaine de philosopher.
Ils jugent toutes les philosophies par rapport à leur propre mal et à leur propre bien, et non pas par rapport à la philosophie elle-même.
Ils les approuvent de loin, ou ils les embrassent, ou ils se révoltent contre elles : ils ne sont jamais des objets passifs, indifférents à la connaissance qu'on a d'eux, aux jugements dont ils sont le sujet, aux destins qui leur sont assignés ou promis, aux conseils qui leur sont gratuitement donnés.
Ils s'inquiètent de savoir si telle philosophie est leur alliée ou leur ennemie, ou si elle est contre eux simplement parce qu'elle ne s'occupe pas d'eux.
Ils les approuvent de loin, ou ils les embrassent, ou ils se révoltent contre elles : ils ne sont jamais des objets passifs, indifférents à la connaissance qu'on a d'eux, aux jugements dont ils sont le sujet, aux destins qui leur sont assignés ou promis, aux conseils qui leur sont gratuitement donnés.
Ils s'inquiètent de savoir si telle philosophie est leur alliée ou leur ennemie, ou si elle est contre eux simplement parce qu'elle ne s'occupe pas d'eux.
Ils sont plus exigeants que les philosophes ne sauraient le soupçonner !
Ils veulent que tout ce qui se fait dans le monde les serve, les machines et les livres, les discours et les pensées, les États et la poésie.
C'est ainsi qu'est l'espèce : elle ramène tout à soi.
C'est ainsi que les hommes vulgaires ont le dernier mot sur la philosophie qu'ils ont d'abord jugée par ses conséquences.
Il faut défendre enfin ces pensées de la foule contre la suffisance du penseur spécialisé.
Comme les nouveaux venus à la philosophie vivent encore parmi les hommes, comme le lien qui les attache aux hommes n'est pas encore brisé, il leur appartient de mesurer les conséquences de la philosophie de leur temps.

Le « métier » philosophique peut bien les attirer déjà à l'écart de cette poussière que soulève la vie humaine et de ce grand bruit et de cette rumeur de piétinement qu'elle fait entendre : il leur est encore possible de se refuser à temps aux voies polies, aux froides avenues de la philosophie du ciel, de refuser les « soupes éclectiques que l'on sert dans les universités sous le nom de philosophie ».
La philosophie présente qui dit et croit qu'elle se déroule au profit de l'homme est-elle dirigée réellement et non plus en discours et croyances en faveur des hommes concrets ?
À quoi sert la philosophie ?
Il ne faut pas croire sur parole ses promesses abstraites et la générosité paresseuse qui coule dans ses mots.
Lycée...
1/ Ecole antique où l'on s'entretenait de philosophie.
2/ Ecole moderne où l'on discute de football.