05/02/2016 15:46
26 Janvier 2016
L’évocation du passé est la fonction de rappel de la mémoire.
C’est seulement à ce stade qu’il y a véritablement un vécu de la mémoire, celui du souvenir qui revient d’un coup et se trouve alors reconnu comme souvenir.
Cette conscience est bien conscience de quelque chose, elle a un objet qui est le souvenir, objet très différent d’une perception ou d’une image.
Je mémorise en me détournant de ce qui m’occupe en me demandant "voyons comment s’appelait cette personne que j’ai connu cette année-là ?"…
Émettre l’intention et la verbaliser ne donne pas toujours un résultat instantané.
La réponse de la mémoire n’est pas immédiate et il arrive fréquemment que le souvenir ne revienne pas.
Ou bien, il revient, mais plusieurs minutes plus tard, après que la sollicitation ait eut lieu.
Autre expérience fréquente, je me casse la tête à retrouver quelque chose, puis j’abandonne, et je vais le soir me coucher, quand, en pleine nuit, ou au matin, je me réveille avec le souvenir dont j’avais besoin.
La mémoire n’obéit pas...
...pas immédiatement ! à la volonté, mais l’intention que le sujet propulse sollicite un dynamisme inconscient qui livre la réponse attendue. Il y a aussi un plan de la mémoire qui relève de la spontanéité et celle-ci peut avoir une présence très répétitive.
Nous avons souvent affaire à des formes lancinantes de rappel : le refrain d’une musique que l’on n’arrive pas se sortir de l’esprit, une formule qui ne nous quitte pas, un slogan publicitaire qui crée un bruit de fond dans la pensée.
C’est comme si le souvenir se rappelait de lui-même, entrait dans le champ de conscience pour créer une sorte de pensée parasite dont on aimerait pouvoir se débarrasser.
C’est comme si, quand notre conscience est assez brumeuse, nous nous comportions comme un disque rayé retournant sans cesse dans le même sillon.
La mémoire enveloppe dans ses limbes l’expérience passée.
Une grande part de son fonctionnement se fait dans une spontanéité qui ne constitue pas un acte intentionnel.
Ce qui est proprement intentionnel, c’est seulement le rappel du souvenir en tant qu’effort pour tirer un élément de la mémoire, la remémoration volontaire et aussi le moment d’expérience pathétique que constitue la manifestation du souvenir dans la conscience.
La mémoire n’est pas une « partie » de la conscience.
Les souvenirs ne sont pas des choses, ne sont pas des objets rangés dans des tiroirs.
La conscience n’est pas divisible en partie.
La mémoire non plus.
Même le fonctionnement du cerveau est global.
La mémoire est la conscience même, dans l’une de ses activités.
Ce qui est remarquable, c’est que cette activité de la conscience dévoile à quel point la pensée ne se limite pas à ce que la représentation consciente nous livre.
La plupart des opérations de la mémoire restent subconscientes.
Un souvenir ce n’est pas une idée intellectuelle, ce n’est pas une image, ni un jugement.
L’intellect, l’imagination, la mémoire
sont différents.