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25 Janvier 2010
Bon, on fait comme ça ? D'accord ? » Loin des discours grandiloquents, René Ricol, le nouveau médiateur national du crédit, conclut ainsi
ses entretiens avec des entrepreneurs exaspérés par leur banquier (lire aussi nos informations page 31). « J'ai l'impression de revenir à mes débuts, lorsque, jeune comptable, je
conseillais les petites entreprises et tentais de les raisonner pour leur montrer la meilleure voie. » Ce 15 janvier, dans les salons de la Banque de France de Strasbourg, lui et ses
équipes reçoivent des entreprises « en médiation ».
Les hommes et les femmes défilent, et, avec eux, une succession de tranches de vie, d'espoirs et de
frustrations. « J'en ai marre qu'on me prenne pour une imbécile, la banque ne répond jamais ni oui ni non, cela fait des mois qu'on me balade, tout cela parce que je suis une PME »,
enrage Catherine Haegelin.
Brutalement licenciée par une grande entreprise chimique suisse, elle a décidé, à la cinquantaine, de se lancer dans la commercialisation de
tests de toxicomanie, mis au point par une société allemande. Un projet pour lequel elle se bat depuis trois ans, au point de décrocher deux importants contrats auprès de l'armée française et
de la police.
Mais, tandis que l'inventeur allemand du brevet a obtenu dans son pays 1,5
million d'euros d'aides en recherche et développement, elle attend toujours la réponse du CIC pour un prêt de 40.000 euros qui lui permettrait de lancer son laboratoire... « Le produit est
innovant, je prévois quatre embauches, et on ne m'adresse pas la parole ! » s'emporte-t-elle en menaçant de tout laisser tomber. D'ores et déjà, les chargés de la médiation ont appelé la
banque. René Ricol confirme : « Nous allons suivre le dossier, veiller à ce que vous ayez le bon interlocuteur, mais vous êtes tout près du but, ne changez pas brusquement de banque, vous
repartiriez de zéro. »
Avant cela, l'équipe de la médiation avait fait le point avec le préfet et les trésoriers-payeurs généraux, pour sonner la mobilisation. Commission de suivi du financement de l'économie, comité départemental de financement, possibilité de délais de paiement accordés par le trésorier-payeur général (TPG), observatoires divers et variés à la Drire, dans les directions du travail... Les outils ne manquent pas. Toute la question est d'inciter les gens à travailler ensemble.
Autour de « René », comme ils l'appellent, deux médiateurs délégués, Jean-Luc Sauvage et Jean-Claude Volot, se dépensent sans compter. Le
premier a créé et présidé le tribunal de commerce de Nanterre et profite de sa retraite pour enseigner l'art de l'arbitrage. Le second a lancé une vingtaine d'entreprises et préside l'Agence
pour la création d'entreprise. Lorsque René Ricol les a appelés pour leur demander un coup de main, ils ont répondu présent sans hésiter.
Bénévolement. Comme Nicolas Jacquet, préfet, à l'origine du concept des pôles de compétitivité, ou William Nahum, président d'honneur du Conseil
supérieur de l'ordre des experts-comptables.
Car le service de la médiation du crédit, lancé officiellement le 7 novembre pour s'assurer que les banques ne coupent pas le robinet du crédit aux entreprises, a été monté en un week-end, sur un coin de bureau, par le comptable le plus célèbre de France, à la tête du cabinet Ricol, Lasteyrie et Associés, avec sa complice Pascale Ullmo, directrice de la stratégie. Quelques anciens copains et une poignée de fonctionnaires détachés par Bercy sont venus constituer et inventer cette nouvelle unité d'urgence financière. Le coeur du dispositif s'articule autour du site Internet ouvert le 14 novembre pour permettre aux entreprises de faire entendre leurs doléances. Mais jamais la médiation du crédit n'aurait pu examiner 4.054 dossiers en onze semaines - dont près de 1.200 ont trouvé une issue positive - sans cette idée de génie : mobiliser les 105 succursales départementales de la Banque de France, dont les directeurs ont été désignés « médiateurs départementaux ».
Partout en France, le directeur de la Banque de France, membre de l'establishment local, est au coeur du
tissu économique : il supervise les banques et scrute la conjoncture. « La Banque de France étudie le bilan de toutes les entreprises de plus de 750.000 euros de
chiffre d'affaires, rappelle Henri Jullien, médiateur délégué
et directeur régional de la Banque de France, chargé de l'animation de l'ensemble de ce réseau.
Elle cote chaque année 250.000 entreprises, établissant un fichier précieux pour les banques commerciales et pour le refinancement du crédit. »
Les directeurs ont globalement accepté leur nouveau « job » avec enthousiasme : « N'est-ce pas notre mission que de veiller au bon fonctionnement du financement de l'économie ? », s'exclame Bernard Gamel, directeur de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur à Marseille. De fait, les directeurs de la Banque de France, qui peinaient à expliquer leur rôle à l'heure de la Banque centrale européenne, retrouvent du lustre et ont le sentiment d'aider leur région. « Avec cette nouvelle procédure, nous rencontrons de très petites entreprises dont le patron est le nez collé sur le guidon, très seul, et a souvent laissé la situation se dégrader par manque de temps. Des professionnels de la vie courante : carrossiers, coiffeurs, restaurateurs, charpentiers, boulangers. »
René Ricol en est en tout cas persuadé : sous une forme ou une autre, style haute autorité, la médiation du crédit, a un avenir devant elle. Au moins tant que les banques n'auront pas réappris complètement leur métier : non plus le courtage de produits dits « structurés », mais la gestion des risques. « Obnubilées par l'ingénierie financière, les banques ont abandonné leur compétence d'analyse des entreprises et des risques, ou l'ont sous-traitée à des back-offices où règnent les ayatollahs du chiffre, sans contact avec les hommes réels. Or l'économie, c'est d'abord une histoire d'hommes », ajoute Henri Jullien.
Le "front-office" doit reprendre le pouvoir.
