05/02/2016 15:46
2 Mars 2016

L’ego voudrait se conférer une existence séparée, mais il n’y a pas d’existence séparée et toute existence prend son appui dans l’Etre.
Il voudrait nous persuader qu’il est la personne, mais ce n’est qu’une fiction personnelle tissée par la pensée.
Il voudrait nous faire croire qu’il est bien quelque chose, mais dès que nous cherchons à l’attraper, nous ne trouvons rien. Impossible de clouer le papillon dans une boîte et de l’exhiber : « c’est moi » !
Et pourtant, depuis l'enfance, nous avons appris à nous façonner un « moi » et tenté de le rendre substantiel par toutes sortes d’artifices. « Ceci est à moi, ce n’est pas à toi ».
A la base du désir, (le mot pris au singulier), il y a la soif de devenir de l’ego, l’aspiration à croître d’avantage, à s’auto-confirmer en se posant comme « moi ».

Le désir de « devenir plus » se multiplie ensuite en autant d’objets sur lesquels il est possible de rapporter un investissement sur identité.
Pour celui qui met son identité dans la voiture, c’est « un peu de moi », c’est même beaucoup de moi.
Il ne faudrait surtout pas y toucher, car ce qu’elle est au regard de l’ego, ce n’est pas une machine à usage de déplacement.
Non, c’est une composante d’identité personnelle. Il conviendra donc de la montrer. Elle joue le rôle, dans un transfert d’identification, d’un faire-valoir de l’ego.

Si jamais elle venait à être détruite – ce qui est le cas de toutes les formes dans le monde relatif – ce serait un drame personnel.
Un déchirement du moi à travers un de ses attachements.
Dès l’instant où le sens du moi est investi dans quelque chose, ou dans quelqu’un, il y a souffrance et la séparation impose de faire son deuil.
Un poste de ministre, en tant que désir de l’ego, c’est une certaine fierté.
Ce qui veut dire ?

Une augmentation du moi, par la reconnaissance, ce qui se traduit par une certaine attitude parvenue ou la pose convenue devant les journalistes.
Le moi est poseur de toutes manières.
A travers ce qu’il parvient à posséder, il se fait valoir dans l’affirmation d’une certaine supériorité sur autrui.
« Moi « n’est jamais plus imbu de lui-même que lorsqu’il trouve un piédestal pour se mettre en relief ou se porter en triomphe.
D’où l’importance des médailles, des décorations, des récompenses, des concours, des Oscars, des Césars, et j’en passe etc.
Dans l'exemple ci-dessus, l’accumulation d’argent et de pouvoirs sont assurément des moyens de choix d’assurer sa suprématie personnelle.
L’empire de l’ego ne s’exerce que sur l'Avoir et non sur l’Etre, ce qu’il cherche en permanence à faire accroire, c’est que plus il possède, plus il gagne de l’être. Ce qui est une illusion.

Cette illusion, nous l’avons déjà rencontrée dans l'amour-passion quand celui qui en est l’objet devient le portemanteau des désirs de l’ego.
De là, résulte que les désirs de l’ego ne peuvent apparaître que dans un processus de comparaison et qu’ils sont indissociables d’autrui.
Le moi se sent augmenté, si « j’ai plus que ».
« Avoir plus » me distingue et me fait valoir. Si je peux me prouver à moi-même que je me distingue des autres, je me sens quelqu’un de « spécial », je me confirme comme ayant une réalité séparée et si je peux exhiber que je vaux davantage qu’un autre, alors là, c’est le bouquet !
Le moi ne se sent plus, il est rempli d’aise ! La comparaison constante stimule l’ego sous la forme d’émulation personnelle.

Bref, il s’agit d’en mettre plein la vue, de manière à ce que tout ce qui est « mien » devienne une démonstration de ma valeur personnelle.
Il est donc logique que le moi désire en tout premier lieu ce qui a une importance aux yeux du monde.
Un objet qui n’aurait pas d’importance aux yeux du monde ne servirait pas les fins de l’ego. Dans une moindre mesure, de la même manière, si vous dites que vous ne regardez jamais la télévision, on vous considère comme une sorte d’extra-terrestre. Comment quelqu’un peut-il ne pas regarder la télévision ?
C’est la vitrine de tous les désirs de l’ego. C’est la machine hypnotique qui permet de réassurer sans cesse les désirs de l’ego.
Il existe une joie à s’entourer de belles choses, une joie de créer, de faire, une joie de construire pour construire, de créer pour créer, qui est entièrement indépendante des motivations du moi.

Nous pouvons très bien entreprendre, être immensément créatifs, œuvrer dans la connaissance et dans l’art, nous donner corps et âme pour les autres etc. sans surimposer le poids encombrant de la motivation de l’ego.
Et c’est justement dans un état d’esprit sans ego que l’action devient libre, inspirée, créative, que les choses deviennent plus légères et joyeuses, qu’il y a une véritable Passion, un amour de l'excellence et du travail bien fait.
En fait, toutes les véritables satisfactions que nous trouvons dans la vie viennent de là.
Le désir n’est rien moins que conditionné, il est pris dans le cercle de l’expérience, de l’impression, du désir et de l’action qui elle-même produit l’expérience qui engendre l’impression etc.

Non seulement le désir est en ce sens compulsif et répétitif, mais il se maintient sous la coupe d’une identité limitée qui est celle de l’ego et sous la domination du temps psychologique.
Le temps psychologique nie, dénie et renie la présence au présent. L'ego s'engage dans une folle poursuite dont le but n’est jamais atteint et où la satisfaction se dérobe à chaque pas.
L’ego ne peut pas s’arrêter, il chasse, il poursuit mais entièrement dans le domaine de l’illusion.
Tout ce qu’il saisit lui échappe car il est déjà ailleurs, même quand il prétend être là. Le désir de l’objet est son mode d’échappatoire de prédilection devant le présent.
C’est sur leur ego qui empêche
les hommes d’être…égaux !
