05/02/2016 15:46
1 Juin 2012
A l'époque où il était patron du PS, François Hollande s'était bien gardé de mettre son nez dans les micmacs de la fédération des Bouches-du-Rhône.
Sur la route de l'Élysée, il n'avait pas davantage volé au secours d'Arnaud Montebourg lorsque le futur ministre du Redressement productif avait cloué au pilori ses camarades provençaux et leurs dérives en matière d'utilisation de l'argent public. Mais c'était avant que l'idée d'une « République exemplaire » ne devienne le slogan officiel du candidat « normal ».
Mise à l'écart
Hier matin, moins de quarante-huit heures après l'annonce de son renvoi en correctionnelle pour « détournement de fonds publics », Sylvie Andrieux, la députée des quartiers Nord de Marseille, a été lâchée par le PS avec l'aval du Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Martine Aubry, la première secrétaire, a elle-même annoncé le retrait de son investiture. Tout en contraignant la Fédération des Bouches-du-Rhône, dont la parlementaire est membre de droit en tant que présidente du bureau des adhésions, à diffuser un communiqué sans appel.
« La nature et la gravité des faits reprochés, la multiplication des témoignages concordants constituent une atteinte à l'image du Parti socialiste », déplore le texte mis en ligne sur le site du PS 13. Sylvie Andrieux, qui brigue un quatrième mandat, se voit mise à l'écart d'une formation à laquelle elle a adhéré à 15 ans par atavisme familial. Héritière de l'une des dynasties socialistes de l'après-guerre, elle est la fille de l'un des fidèles de l'ancien maire Gaston Defferre. Dans les années 50, son père avait participé à la création d'une société destinée à briser le monopole d'embauche des dockers CGT sur le Vieux Port, société devenue ensuite l'un des plus puissants leviers du PS phocéen.
Une métaphore destinée à faire comprendre au magistrat qu'elle n'avait aucun pouvoir.
À ses dires, la décision d'attribution de ces subsides appartenait à l'administration et au président du Conseil régional, Michel Vauzelle. L'enquête a abouti à une conclusion diamétralement opposée. Mis en examen, deux des cadres du Conseil régional ont affirmé n'avoir rien pu faire pour contrecarrer les demandes de Sylvie Andrieux. Ce qu'a d'ailleurs confirmé Roland Balalas son attaché parlementaire sur procès-verbal. « Mme Andrieux utilise sans discernement les fonds publics sans se soucier de ce qu'il y a derrière. Elle se fout complètement de savoir si ce que l'on finance est bon ou pas, dans la mesure où ça augmente sa popularité dans les quartiers. »
L'élue aura l'occasion de la tester sans tarder.
À l'image de tant d'autres politiques inquiétés par la justice (penser en particulier au « brigand » Jean-Noël Gerrini, non encore avéré par la justice), Sylvie Andrieux refuse de baisser pavillon. Et maintient sa candidature. Seule façon, à ses yeux, d'éviter que la « 3e circonscription des Bouches-du-Rhône ne tombe entre les mains de l'extrême droite. »
Les amis de Marine Le Pen n'en demandaient sans doute pas tant !