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19 Avril 2012
(En partie avec « The Australian Financial Review »
La France a beau être l'un des pays les plus beaux et les plus riches du monde, les Français se plaisent à pratiquer un snobisme inversé à propos de l'argent. La
haine du lucre figure au cœur de cette campagne présidentielle française. A quelques jours seulement du premier tour, le « débat » est tellement éloigné des réalités économiques
pressantes du pays que les commentateurs font appel à l'analyse freudienne pour expliquer l'apparition d'une nouvelle classe de citoyens, des « losers » qui céderaient à « la haine
de soi ».
Quand les candidats ne détournent pas l'attention des électeurs avec des polémiques idiotes sur la viande halal, ils suivent Jean-Luc
Mélenchon, qui, à la Bastille, réclame la tête des riches et appelle à récupérer leur « sale » argent. « La France des révolutions est de retour ! » peut ainsi
s'exclamer le leader du Front de gauche, tout en sachant fort bien que lui-même, ancien cadre du Parti socialiste et ancien sénateur aux prétentions intellectuelles, propriétaire d'un appartement
à Paris et d'une maison de campagne, est l'incarnation de l'élite républicaine française. Seul Daniel Cohn-Bendit, héros du soulèvement étudiant de 1968, parle vrai lorsqu'il souligne : « La
vie, ce n'est pas aussi simple qu'un discours de Mélenchon. »
Vieux
préjugés catholiques
A l'heure où l'humeur économique et électorale s'aigrit, le fait d'avoir de l'argent est considéré comme suspect. A juste raison ? La manie
de Mélenchon serait presque amusante si elle ne « contaminait » pas le débat politique. Alors que tous les prétendants à l'Elysée s'empressent de faire porter le chapeau des malheurs de
la France aux banques et à la finance internationale, aucun candidat majeur n'a de plan crédible pour réduire la dette et doper l'emploi. Malgré son programme proposé et étudié,
François Hollande n'est pas Franklin Roosevelt ni John Keynes. Mais il donne de l’espoir. Son programme consiste à faire repasser l'âge de la retraite à 60 ans, à créer 60 000 emplois
d'enseignants et à tenir une conférence de presse tous les six mois. Le président Sarkozy, lourdement plus responsable sur le plan budgétaire, ne fait guère mieux. Quand il a suggéré que la
France imite l'Allemagne, à l'économie robuste, il a plongé dans les sondages. Il a alors désespérément tenté de rivaliser avec Hollande en demandant à son épouse, Carla Bruni, une femme super
riche, de poser pour un magazine télé sans maquillage, simplement vêtue d'un pull douillet !!!
Faire semblant de ne pas se soucier de l'argent quand on en a des tonnes est manifestement un passe-temps national. L'antimatérialisme et la passion de la culture
qui prévalent en France sont séduisants, mais quand Hollande met en avant sa « haine de l'argent », il « flatte » les vieux préjugés catholiques sur les « nouveaux
riches ». Car tant qu'à parler de privilèges, force est de remarquer qu'Hollande se trouve au sommet de l'élite politique et culturelle qui détient le pouvoir en France. L'espoir socialiste
est diplômé de l'ENA, l'une des plus illustres grandes écoles de France, qui forme les mandarins de la politique et de l'administration.
Hollande a commencé sa vie professionnelle comme fonctionnaire de haut rang. Ce qui lui garantit l'emploi à vie dont rêvent la plupart des jeunes Français.
L'opprobre de la réussite
Ce qui est scandaleux, c'est que les candidats à la présidentielle et la structure de pouvoir qui les porte en sont venus à former la nouvelle aristocratie de la
vieille Europe. Ils profitent d'un système fossilisé de privilèges et de clientélisme qui bénéficie aux enfants de l'élite parisienne, qui tous ont fréquenté les mêmes écoles, celles des familles
aisées. Pendant ce temps, les Français ordinaires, et en particulier les enfants immigrés des banlieues, sont exclus. L'espoir de réussite individuelle devient presque impossible. Le scandale des
grands appartements à faibles loyers, attribués aux responsables politiques et à leurs collaborateurs dans le centre de Paris, souligne la corruption du système.
Aujourd’hui et sans parti pris dans l’analyse des mesures statistiques versus sondages, Sarkozy sera le prochain Président de la République. Sa campane électorale
fut quasi-parfaite.
