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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

Un retour en arrière et une fuite en avant...

Un retour en arrière et une fuite en avant...

 

Pour échapper à une réalité bien trop décevante, on se tourne souvent et même la plupart du temps vers une représentation qui relève du fantasme.

C’est un peu comme si, par le biais de l’art, nous cherchions à réintroduire le monde du rêve dans l’état de veille.

D’où l’idée que l’art est là pour transporter le spectateur dans un autre monde, un monde qui n’est pas le monde réel, mais un monde irréel, tissé par le désir.

Le cinéma est en ce sens le prototype de l’art comme éloge de la fuite.  

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Dans la salle obscure, le spectateur se coupe de la réalité, il laisse les soucis, les angoisses, la lutte continuelle de sa vie quotidienne pour se donner l’extase d’un rêve éveillé.

Les images qui défilent sur l’écran, ces images qui nous emportent dans une courte hallucination, nous tirent dans un monde autre que le monde réel avec toutes ses misères.

C’est une douce ivresse et une évasion.

Un roman peut jouer le même rôle, inviter l’imagination du lecteur dans un autre monde, où tout est plus juste, plus sensé, un monde où la cruauté est abolie, ou la noblesse du cœur est récompensée.

Ce que l’on trouve rarement dans le monde réel…

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On en dira autant du ravissement procuré par la musique, de ces extases qui font que le temps d’un concert, on se sent transporté dans un autre monde, réconcilié avec toutes choses;

avant que la trivialité reprenne le dessus, que la concierge vous injurie pour avoir laissé la poubelle sur le palier, avant que l’on constate que la baignoire a une fuite et qu’il est impossible d’obtenir le plombier !

Bref, avant que la réalité nous rattrape (!!!) avec le poids de ses soucis, de ses urgences, et le tourbillon de ses luttes permanentes.

Et quand la vie réelle est insupportable, on peut décider d’aller camper à demeure dans l’irréel : passer sa vie au cinéma, s’enfermer dans les livres, hanter les salles de concert.

Il y a des auteurs qui ont mis cela en pratique pour en faire une règle de vie fondée sur l’éloge de la fuite.

Arthur Miller se donnait comme règle de vie la fuite devant la réalité dans la recherche des formes du plaisir.

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C’est un lieu commun de la modernité : nous avons besoin de rêver et ce besoin trouve sa réalisation dans l’art.

Nous n’avons aucun mal à regarder l’art comme une évasion : toute notre culture de la consommation nous y encourage en permanence, elle qui exalte les fuites exotiques, les extases psychédéliques, les évasions romantiques, les sublimes délires de la science-fiction… contre la laideur grise de la réalité dans laquelle nous vivons d’ordinaire.

Nous avons besoin d’un au-delà de la vie pour nous faire oublier la vie.

Mais fuir la réalité, n’est-ce pas là le signe d’un profond malaise installé au cœur de la vie ?

Cette représentation de l’art n’a-t-elle pas un caractère névrotique ? Le besoin de fuir la réalité dans l’art n’est-il pas le symptôme d’une sorte de maladie de la vie ?

Dans un monde dominé par la représentation objective de la science, dans un monde où la vérité devient accablante, dans un monde où le nihilisme montre son visage hideux, nous avons « besoin de l’art pour nous sauver de la vérité ».

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L’art masque la vérité blessante du monde, il est le terreau d’illusions qui permettent à la vie de supporter sa propre réalité. L’art comme illusion suggère que sans illusion, la vie serait insupportable.

L'illusion répondrait alors à une nécessité de survie et l’art serait donc une sorte d’exutoire, permettant de conjurer les tendances du nihilisme.

Notre monde contemporain est-il à ce point malade qu’il ne puisse rechercher dans l’art qu’une compensation ?

La quête éperdue du désir sexuel n’obéit qu’au principe du plaisir qui gouverne les pulsions. Parce que le désir ne trouve pas de satisfaction dans la réalité empirique, le sujet tend à compenser la frustration dans les marges, dans le rêve.

 

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"L’artiste, comme le névropathe, s’était retiré loin de la réalité insatisfaisante dans ce monde imaginaire", mais la création peut "reprendre pied dans la réalité" ( ?), tandis que le névropathe est condamné à rester dans la sphère privée de ses fantasmes, pour leur donner une satisfaction imaginaire.

C’est à partir de là qu’il pose sont principe de réalité en opposition avec le principe du plaisir. 

Il est clairement entendu que "la réalité insatisfaisante" est la seule réalité et que la vie sociale n’est possible que si le névropathe est ramené par "les efforts de la  civilisation" à s’y adapter.

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Il n’y gagnera pas le bonheur, mais au moins il sera mieux "intégré" au monde réel, à ses limites, à ses contraintes, ses violences, à son caractère définitivement insatisfaisant.

C’est la "dure expérience vitale" de la réalité qui oblige l’homme à apprendre à renoncer au désir, à comprendre que la réalité est indifférente à ses désirs.

Il faut donc hermétiquement séparer le fantasme du monde onirique, (état de rêve) et son caractère hallucinatoire, de la vie pratique (état de veille) réglée par les principes de la morale, l’autorité des lois.

Il s’ensuit que la psychanalyse, à partir du principe de réalité, considère la folie comme une déviance, ou même une régression vers le mode de comportement dominé par les pulsions inconscientes, pulsions qui ne connaissent qu’une loi, le principe du plaisir.

L’intérêt que le névropathe porte à l’art est donc ambigu : en apparence, il semble y chercher la beauté, l’élévation et la grandeur, la célébration de la vie.

Mais la beauté n’est qu’une "prime de séduction".

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L’intérêt esthétique est plus trivial "les œuvres d’art » sont « les satisfactions imaginaires de désirs inconscients, tout comme les rêves".

Ce qui sourdement nous attire dans l'art, ce qui attire le névropathe vers l'art, c’est la libération du principe du plaisir, l’effet de compensation imaginaire qu’il permet.

La réalité est décevante, la vie est frustrante, mais il y a l’art pour nous en délivrer pour nous permettre de rêver, de satisfaire sur le plan imaginaire les désirs inconscients.

L’artiste s’en tire mieux que le névropathe, il peut compter sur "la sympathie des autres hommes, étant capable d’éveiller et de satisfaire chez eux les mêmes inconscientes aspirations du désir".

Créer est pour lui une délivrance, car il peut sublimer ses pulsions, sous la forme d’une œuvre et d’une certaine façon, il devrait alors pouvoir "trouver le chemin" du retour à la réalité, et être plus "adapté".

L’art, dans sa pratique, peut ainsi avoir fonction thérapeutique de "rééducation à la réalité" !

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H
Entièrement d'accord d'ailleurs Kant disait ; "L'œuvre d'art n'est pas la représentation d'une belle chose mais la belle représentation d'une chose " Emmanuel Kant Bisesss
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A


Bravo à Hélène pour cette contribution à attendre de la part du philosophe certes, mais aussi de la part de son impresario contentomporain : Hélène


 


ANDRE