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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

N’oublions jamais la journée du 11 septembre 2001...in memoriam

Il existe peu de livres sur le 11-septembre. Depuis 2001, on trouve à foison dans les librairies des ouvrages sur Al Quaida et Ben Laden, le terrorisme en général et la menace islamiste en particulier, ou bien encore des récits de survivants ou des romans librement inspirés des événements de ce matin de septembre.

Mais les essais offrant une analyse approfondie et circonstanciée des attentats du 11-septembre en eux-mêmes, de ce qui nous est arrivé ce jour-là, restent singulièrement rares, même huit ans après.

Q’avons-nous vu à cette date ?

Il y a tout juste trois ans, lors du cinquième anniversaire commémoratif des attentats, l’association des familles des victimes du 11-septembre a ouvert aux abords de Ground Zero un petit musée. Dans la dernière salle du parcours qui leur est proposé, les visiteurs peuvent rédiger un message en souvenir des victimes. Tous ces messages sont ensuite archivés, et certains exposés dans cette même salle.

 

Nombreux sont ceux qui font part de leur incrédulité face à ce qu’ils ont vu du 11 septembre au travers des médias : « je n’en croyais pas mes yeux », « on aurait dit du cinéma », « cela ressemblait un mauvais film de science-fiction » sont des formules qui reviennent souvent. Certains avouent même qu’il leur a fallu attendre de voir par eux-mêmes Ground Zero, et de découvrir ce musée pour réaliser l’ampleur de la tragédie.

 

On pourrait voir là le résultat d’un effet de sidération exercé par le visionnage en boucle des mêmes images à la télévision. Mais on ne peut en rester là : si de nombreuses personnes ont eu du mal à prendre la mesure du 11 septembre, c’est aussi que les images de victimes, de blessés, de corps humains meurtris furent extrêmement rares dans les médias. Ce que nous avons vu du 11 septembre, ce fut avant tout du béton, de l’acier, de la fumée, des flammes, des nuages de poussière : une catastrophe urbaine avant d’être humaine.

L’un des enseignements les plus intéressants réside précisément dans ce constat statistique. Avec un échantillon de 400 « Unes » des journaux américains parus les 11 et 12 septembre 2001 (sur un total de près de 1 500), on découvre que l’ensemble des photographies publiées en première page pouvaient se résumer à six images-types : si l’on ne tient pas compte de légères variations formelles (des différences de cadrage par exemple), 41 % des unes représentent une photographie de l’explosion de la tour sud au moment où le vol 175 la percute, 17 % le nuage de fumée au-dessus de Manhattan, 14 % les ruines de Ground Zero, 13,5 % un des avions s’approchant des tours, 6 % des scènes paniques dans les rues de New York, et enfin 3,5 % le drapeau américain. Seules 5 % des unes ne correspondent à aucune de ces images-types. Dans ces photographies publiées par la presse, le World Trade Center est omniprésent : c’est la souffrance du bâtiment qui domine, et qui prime sur celle des victimes humaines.

 

Voilà pourquoi il nous a semblé revoir encore et toujours les mêmes images du 11 septembre : un très petit nombre d’images types ont été publiées. Du reste, comme l’ont montré d’autres études, ce constat vaut aussi pour la presse arabe. Or il ne fait aucun doute que le 11 septembre fut l’événement le plus photographié de l’histoire. Aux photographies des reporters, se sont ajoutées, pour la première fois dans l’histoire du journalisme, celles, innombrables, prises par des témoins.

 

 







D’où ce « paradoxe du 11 septembre » : l’événement le plus photographié fut aussi celui dont le traitement médiatique fut le moins diversifié. Une profusion d’images et la sensation de voir toujours la même chose. 

Ce paradoxe ne saurait s’expliquer simplement par une censure d’État orchestrée depuis Washington : l’administration américaine, totalement dépassée par les événements, fut dans l’incapacité parfaite d’en influencer le traitement médiatique dans les premières heures.

Du reste, des images « choquantes » du 11 septembre existent bel et bien. Et même si elles ont été peu diffusées, elles n’ont pas été censurées. Il y a d’abord celle de « l’homme qui tombe (ou qui se jette dans le vide »), par Richard Drew, publiée en une de The Herald le 12 septembre 2001, un de ces nombreux prisonniers des tours qui a préféré se défénestrer plutôt que de mourir brûlé ou étouffé. Il y a aussi « La main », par Todd Maisel, publiée dans le New York Daily News : une main arrachée d’un bras, le doigt pointé, gisant sur le trottoir de Liberty Street, avant l’effondrement des tours. Ce n’est pas la seule photographie de fragments de corps humains prise ce jour-là (on en trouve par exemple d’autres dans le fond de Here is New York), mais si de telles images sont rares, c’est surtout qu’elles n’ont pu être fixées que pendant un laps de temps très courts (de 8h46, heure de l’impact du premier avion, et 9h59, heure de l’effondrement de la première tour) et dans une zone très dangereuse.


Les rares personnes qui s’y aventurèrent

le firent au péril de leur vie.




 

 

 

 

 

 


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