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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

Je passe tout mon temps à comprendre le temps qui passe...

Je passe tout mon temps à comprendre le temps qui passe...

L’idée la plus spontanée que tout un chacun se fait du temps, est celle d’une évidence universelle, qui sur toutes choses agit : cela s’appelle, en "patois" philosophique, l’efficacité du temps, terme qui indique que le passage du temps sur un être n’est jamais sans effets.

Et certes, le temps altère, aliène, corrompt, déforme, abîme, use, transforme tout ce sur quoi il passe : la toute-puissance du temps !

Puissance qui se marque certes plus vite sur ce visage-ci que sur ce visage-là, mais se marque cependant sur les deux; toute puissance qui se marque certes plus vite sur la rose que sur l’étoile, mais se marque cependant sur les deux. Toute puissance dont témoigne également, et au combien, son irréductible irréversibilité.

Il faut pourtant rappeler que ce temps, parfaitement régulier, uniforme, irréversible, homogène, n’est pas le temps tel que les hommes le vivent, et dont ils ont expérience.

La distinction du temps mathématique (ou temps des horloges) et du temps psychologique (ou durée) est inoubliable, et explique assez bien pourquoi certaines de nos heures passent vite, et d’autres pas; pourquoi le temps passe plus vite pour le soignant pressé que pour la personne âgée qui l’attend.

Le temps passe vite, et la trotteuse semble galoper pour qui se sait en retard; le temps ne passe plus, et la trotteuse semble aller au pas pour qui attend le train qui ne vient pas…

Certes le temps ne passe pas de la même manière pour qui travaille et pour qui ne travaille plus,  pour qui attend et pour qui n’attend pas.

Or il est certain que l’attente est l’une des données essentielles de la vie pour les personnes qui entrent dans l’espace terminal.

Mais nombre de personnes âgées vivent longtemps une vie pleine d’ardeur, de passion; vieillir, ce n’est pas perdre, c’est aussi gagner, par exemple une sagesse, une disponibilité à l’essentiel, une sérénité, un art de vivre que le temps du travail comme temps de l’affairement permettait si peu de pratiquer…

Mais ce que vieillir fait gagner est-il assez considéré par notre société ?

Je ne sers plus à rien maintenant et je coûte cher à la sécurité sociale, je ne supporte plus ce corps que le temps m’a donné… 

Mais combien souvent, "sous la demande de fin", se cache en fait une "demande d’amour"…

Et puis il faut rappeler avec force que la perte de certaines facultés n’est pas une perte de dignité, pas plus que la perte de certaines maîtrises n’est une perte d’humanité.

Notre société ne l’a-t-elle cependant pas un peu oublié ? Parce qu’elle a cette fâcheuse tendance à faire de l’activité productive le critère presque unique de la réussite d’une vie, elle est spontanément plus attentive aux pertes qu’aux gains que l’entrée dans sa retraite entraîne.

Je passe tout mon temps à comprendre le temps qui passe...
Je passe tout mon temps à comprendre le temps qui passe...
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