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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

La théorie des dominos

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Selon Foster Dulles, secrétaire d'Etat américain des années 50, la Russie constituait un effrayant modèle de dictature dans lequel risquaient de tomber l'un après l'autre, par contagion, tous les pays d'Europe. Les exemples de la Pologne, de la Hongrie et des autres pays de l'Est européen qui avaient basculé dans la dictature communiste inspirèrent cette doctrine qu'on nomma à l'époque «théorie des dominos», du nom de ces rectangles d'ivoire qui tombent l'un après l'autre dès que l'un est bousculé. Et tout laissa craindre qu'un sort identique menaçait l'Italie et la France, où de puissants partis communistes semblaient incarner l'avenir. La stratégie de l'Otan et la force du projet européen permirent aux dominos occidentaux de rester debout.

 

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Avec la chute du Mur, le mouvement inverse commença. Le capitalisme, l'économie de marché et la démocratie gagnèrent l'Est, par contagion de proximité. Et le voisinage géographique - si cher à Fernand Braudel et à l'école historique française pour expliquer le démarrage du capitalisme, au Moyen Age, en Italie et en Flandre - pourrait aider à prédire l'ordre d'arrivée des anciennes régions de l'Est dans le monde moderne: d'abord la Prusse, puis la Pologne, puis la Russie balte, puis le reste de la Russie. La formidable réussite polonaise en apporte un début de preuve. Ce qui se joue aujourd'hui en République tchèque, en Slovaquie, en Hongrie, en Ukraine ou en Slovénie va dans le même sens. Aussi, l'Europe n'a rien de mieux à faire, pour accélérer la transition de ces pays, qu'à les aider à développer leurs relations avec leurs voisins occidentaux. En ouvrant ses frontières à leurs produits. D'où l'importance cruciale, pour l'avenir de la Russie, de ses liens économiques et politiques avec la Pologne, et, plus largement, avec l'Union européenne. L'ancien empire soviétique ne transformera les balbutiements actuels de son réveil en une nation irréversiblement moderne que quand il se sera inscrit, matériellement et politiquement, dans un avenir occidental, quand l'horloge de son histoire marquera l'heure de ses voisins de l'Ouest; quand il aura renoncé à espérer lier son avenir aux autres dimensions de sa géographie: vers la Chine ou le Caucase.

 

Cet enjeu n'est pas seulement important pour la Russie, il l'est aussi pour l'Union européenne. Personne n'a intérêt à avoir à ses portes une puissance en désordre. D'autant plus que la théorie des dominos pourrait s'inverser une troisième fois et faire de nouveau de la Russie un modèle menaçant pour le reste du monde, comme la prémonition du chaos proliférant d'une mondialisation anarchique. Cet empire qui se défait en régions autonomes, cet ensemble sans lois ni cohérence, cet univers flamboyant où se juxtaposent les plus grandes richesses et les pires violences, constitue en effet une lumineuse métaphore de ce nouveau Moyen Age dans lequel pourrait replonger la planète tout entière si la mondialisation n'était pas maîtrisée.

 

Tout au long de ce siècle, la Russie aura été comme le baromètre de nos peurs. Il dépend de nous que son actuel désordre ne soit pas l'annonce de celles du siècle à venir.

 

 

 

 

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