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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

La morale a toujours le dernier mot...

 

choix-de-societe.jpgIl faut une sacrée dose de naïveté et de mauvaise foi pour croire à toutes les fadaises !

 

Sur tous les sujets de société. Peut-être que la mauvaise foi fait partie du jeu social. Mais qu’adviendrait-il si, brusquement, on comprenait que tout cela n’est qu’ignorance en nous prenant  pour des personnes "banales", dans ce sens. Non seulement ce serait une erreur grave mais une erreur qui nous maintiendrait aussi dans l'illusion ?

 

·         Illusion sur la valeur de la vie.

·         Illusion de contentement.

·         Illusion de l’autosatisfaction.

·         Illusion de la présomption personnelle.

·         Illusion de la relation. Illusion de l’identité.

·         Illusion de liberté.

 

Car en réalité, la vérité se situerait exactement dans son contraire : médiocrité de la vie, contentement de surface et mécontentement de fond, absence de relation vraie, identité fictive, identité de pacotille, servitude et dépendance. L’illusion de fond ne serait-elle pas dans le besoin de l’ego de se donner une permanence personnelle ?

 

Contre la peur de l’impersonnel.

 

_JCP1264.jpgSimone-Weil.jpgDans les Ecrits de Londres, Simone Weil dit ceci du personnalisme : « Le vocabulaire du courant de pensée dit personnaliste est erroné. La personne n'est pas ce qui, en nous, a droit au respect. Ce qui est sacré, c'est ce qui, dans un être humain, est impersonnel...

 

La Vérité, la Beauté habitent le domaine des choses impersonnelles et anonymes. La perfection est impersonnelle. La personne en nous, c'est la porte de l'erreur et du péché. Ce qui confirme ma répulsion presque viscérale devant toutes les déclamations sur l'éminente dignité de la personne humaine ».

 

Ce que Simone Weil veut accentuer, c’est l’essence même du Respect : "Il y a dans le respect une reconnaissance du "Sacré". Or si notre relation avec la Vie était sacrée, nous n’aurions pas vraiment besoin, pour nous comporter de manière intègre et morale de nous appuyer sur une béquille mentale, celle de l’idée du « respect de la personne".

 

Le problème, c’est que l'impersonnel a deux sens que l’on confond à tort :

 

a) il y a l’impersonnel au sens de la foule, de l’anonymat social, du conformisme du "on", de la confusion du "Je" dans les autres, confusion dans laquelle il perd la conscience de soi.


b) Mais il y a aussi l’Impersonnel propre à la dimension sacrée, divine de l’existence. Or, comme le souligne Simone Weil, la Vérité, lé Beauté, mais aussi la Bonté et l'Amour, y ont résidence, parce que ce qui a valeur d'Absolu ne s’enferme pas dans les limites du relatif.

 

surprises-giga-philosophie-gout-L-CyiqIK.jpgLe « personnel », s’il n’est pas relié à l’Impersonnel, perd son sens, sa source et sa valeur. En langage platonicien, ce qui rend un être sacré, ce n’est pas son caractère « personnel », au sens où nous n’entendons communément de fait. Le Sacré signifie la reconnaissance d’une participation singulière d’un être à l’Absolu. Ainsi, ce qui est proprement sacré dans la personne humaine, lui vient d’une communication avec une profondeur impersonnelle. Ainsi en est-il de la grandeur d’une œuvre d’art : elle ne tient pas à l’individu, qu’il soit aussi brillant que Mozart, Shakespeare, Verdi ou Giono. Elle tient surtout à ce qu’en lui, à travers lui, se déverse comme d’une Source naît un torrent, une eau vive qui est à sa racine même impersonnelle.

 

Et c’est aussi pour cette raison que les œuvres d’art les plus inspirées traversent le temps.

La grandeur d’un homme ne tient pas à sa petite personne, elle tient avant tout à son effacement dans l’Impersonnel, effacement qui fait que nous avons immédiatement le sentiment que nous sommes en présence d’une immensité qui dépasse les limites de la seule personne.

 

D’autre part, même sur le terrain de la morale, est-il vraiment indispensable de fonder l’éthique sur la notion de personne ?

 

L-ordre-et-la-morale-en-DVD-A-l-ombre-de-la-Haine portraitQue le sens moral ait besoin, comme point d’appui, du concept de personne n’a rien d’évident. Cela, l'amour le connaît par avance, lui qui enveloppe le respect, sans en faire un principe.

 

Il est tout à fait possible d’être extrêmement sensible à la souffrance en tout ce qui vit, sans que pour autant le sens moral prenne une forme qui soit personnelle. L’amour et la compassion ne s’adressent pas seulement à la personne.

 

La compassion s’adresse à la Vie elle-même, pour autant qu’elle soit capable de s’éprouver soi-même et de se donner éperdument à elle-même comme sentiment et de souffrir. Comme épanchement du cœur, la compassion n’est pas un « devoir » posé par la raison, ni un « amour d’obligation », une exigence par principe du « respect », ni même un impératif de « tolérance » qui ne sont que des sous-produits de la pensée. La compassion est un sentiment du cœur qui est issu de l’amour et l'amour n’est pas seulement personnel, il est à la fois personnel et impersonnel.

 

Il va bien sûr droit au cœur de Jean, de Pierre ou de Marie, mais, il est aussi, cette vague qui emporte dans son roulement tout ce qui vit, tout ce qui s’éprouve, tout ce qui est capable de joie et de souffrance. Peut-être même tout ce qui existe !

 

1251_jean-jacques-rousseau_440x260.jpgRousseau parlait du sentiment originel de la pitié au cœur de l’homme.

 

Nous avons remplacé la pitié par une morale fondée sur des principes. Notre morale nous vient de la pensée et n’est pas un épanchement du cœur. Nous regardons le sentiment avec suspicion.

 

15004258.jpgMais faut-il se moquer de l’élan du cœur vers ce qui est ? N’y a-t-il rien de respectable en dehors des principes ? Faut-il se moquer de la petite fille dont le cœur chavire et verse des torrents de larmes, parce qu’un chien a été renversé devant sa maison ? Cette qualité du sentiment diffère-t-elle de la qualité des sentiments qui ont trait aux personnes ?

 

Nous devrions plutôt nous poser des questions sur cette morale de respect qui nous porte à nous faire valoir dans l’engagement envers de grandes causes, ce qui ne nous empêche pas de cracher en direction du pauvre type qui dort sur ses cartons au rez-de-chaussée, ou de faire des slaloms sur une départementale de campagne pour essayer de tuer un cerf avec une voiture. Si nous aimions davantage, nous n’aurions pas besoin du « respect de la personne », pour donner de nous même quand il le faut et répondre à la souffrance, quand elle est à notre porte.

 

 

Le débat pourrait être beaucoup plus long....

 

 

 

COPYRIGHT-copie-1


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