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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

La Grèce meurt...

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Le mercredi 4 avril 2012, un peu avant 9 heures, sur la place Syntagma (Place de la Constitution) – face au Parlement hellénique – un pharmacien à la retraite, Dimitris Christoulas, s’est suicidé. Dans sa poche un message : 

 

« Le gouvernement (...) a réduit littéralement à néant mes possibilités de survie, qui étaient fondées sur une retraite honorable pour laquelle j’ai payé seul (sans contribution de l’Etat) toute ma vie. Etant parvenu à un âge qui ne me donne pas la possibilité d’une réaction dynamique (sans pour autant exclure que si un Grec attrapait une kalachnikov je n’aurais pas été le second), je ne trouve pas d’autre solution qu’une fin digne, avant que je ne commence à chercher dans les poubelles pour me nourrir. Je pense qu’un jour les jeunes sans avenir prendront les armes et qu’ils pendront les traîtres sur la place Syntagma, comme les Italiens ont fait avec Mussolini en 1945 (sur la place Peretto de Milan). »

 

Ce mercredi soir, des centaines de personnes se sont recueillies autour de l’arbre où cet homme s’est donné la mort.

 

Au-delà du symbole, ce geste est politique. Selon Giorgios Delastik, politologue : « Cet homme n’est pas fou. Il a décidé de se tuer devant tout le monde, sur cette place où il y a quelques mois encore il manifestait avec les Indignés. Les retraités se retrouvent avec une pension misérable et sont étouffés par l’austérité, mais n’ont pas la force de crier leur colère. » (Le Figaro 6 avril 2012) La lettre de Dimitris Christoulas assimile le gouvernement actuel au « gouvernement Tsolakoglou », le premier ministre collaborationniste pendant l’occupation allemande. Une affichette, épinglée à l’arbre, clame : « La Junte des prêteurs l’a assassiné » (Le Monde, 7 avril 2012).

Grece-greve-euro.jpg

Un fait est certain : la guerre de classes qui est conduite sous l’étendard de « l’aide à la Grèce » – en fait une aide aux banques, aux fonds de placement financier, aux sociétés d’assurance et un test pour la croisade des classes dominantes en Europe dont les traits se font tous les jours plus nets au Portugal, en Espagne, en Italie et ailleurs – fait, comme toutes les guerres, des blessés graves, des traumatisés, des handicapés à vie, des morts.

 

Le ministère grec de la Santé évoque une augmentation de 40% des suicides lors des cinq premiers mois de 2011, par rapport à la même période de 2010.

 

291040_des-euros.jpgEn 2011, 450 personnes se sont donné la mort; un chiffre inhabituel.

65741026Selon la police, les suicides ou tentatives avérées de suicide de 2009 à la fin de 2011 sont au nombre de 1730. Or le taux de suicide en Grèce était l’un des plus bas d’Europe. Même un épidémiologiste de piètre qualité suspecterait une corrélation entre la brutale et multiforme destruction sociale à l’œuvre et ces actes individuels de « destruction ».

Les retraités avec une rente moyenne de 550 euros par mois et des dépenses de santé de 150 euros – ce qu’une personne à la retraite souffrant d’une maladie chronique doit dépenser, alors qu’a disparu la prise en charge des achats de médicaments – ne disposent par d’un « revenu disponible » très élastique. Un exemple : un litre de lait coûte 1,5 euro (El Pais,6 avril 2012). La TVA sur des biens de base s’élève à 18% va augmenter. Un enseignant du secondaire qui avait un salaire de 1200 euros en 2010, l’a vu être réduit à 850 en 2011 et en mai 2012 il se situera à « hauteur » de 600 euros. Or son loyer et ses dépenses les plus élémentaires exigent 400 euros (The Guardian, 5 avril 2012).

 

Les Grecs fortunés ont fait sortir de la Grèce des sommes très importantes évaluées à quelque 100 milliards d’euros.

  

Onassis-2.jpgLes armateurs ont leur siège social à Chypre, à Malte ou dans un autre paradis fiscal. Toutefois, les Grecs fortunés, après avoir séjourné dans le paradis fiscal helvétique, se méfient. Selon Athens News, du 6 avril 2012, les détenteurs de capitaux déposés en Suisse seraient en train de les retirer, pour trouver un autre havre de paix. C’est ce que confirme le ministre grec des Finances, Filippos Sachinidis, sur la base de la chute du montant versé par Berne à Athènes au titre de l’impôt anticipé : 12 millions de francs en 2009 et 7 millions en 2010 (Le Matin Dimanche, 8 avril 2012). Les interrogations de l’Union européenne ayant trait au « secret bancaire » suisse ne vont pas encourager les professionnels de l’évasion fiscale à maintenir leur « résidence secondaire » en Suisse. onassis.jpgDes dépenses d’armement et de police, de celles liées à des opérations grandioses source de corruption monumentale (Jeux olympiques en 2004), des manipulations légales des investisseurs grecs et européens sur le « marché de la dette » grecque, etc. – ne suscite pas l’enthousiasme chez certains financiers. Du moins ceux les moins enclins à vouloir faire de « l’exemple grec » le modèle économique à suivre de manière pointilleuse, exception faite de sa dimension incontestable de tests sociopolitiques portant sur le « degré d’acceptabilité sociale d’une population ».

 

policy-2777-asset-1Ainsi, le Britannique Chris Probyn, chef économiste et directeur du fonds américain State Street Global Advisors – 1400 milliards d’actifs institutionnels à l’échelle mondiale, le PIB (prix du marché) de la Grèce était de 230 milliards d’euros en 2010 – manifeste un peu de scepticisme. Il est vrai qu’il avait, par le passé, une fonction similaire à la Banque UBS de New York.

pope2.jpgA la question, posée par la journaliste du mensuel français Enjeux les Echos d’avril 2012, « La Grèce va-t-elle rester dans la zone euro ? » il répond : « Pour 2012 cela devrait passer, mais compte tenu du poids de sa dette, d’une croissance très faible et de son manque de compétitivité rien ne dit qu’elle pourra rester à plus long terme. Les réformes structurelles – privatisations et réduction du périmètre du service public – sont de bonnes idées, mais leurs effets tardent à se faire sentir et commencent d’abord par aggraver les choses avant de les améliorer. C’est un peu comme si l’on disait à un malade déjà à l’agonie qu’on allait encore aggraver son cas avant qu’il se porte mieux.

59031_the-facade-of-the-bank-of-greece-is-stained-with-red-.jpgMourir guéri, est-ce bien raisonnable ? » A cette réplique, la journaliste réagit de la sorte : « Il s’agit pourtant de la plus importante restructuration (taux de décote de la valeur nominale des obligations) de la dette publique de l’histoire. Pourquoi n’est-ce pas suffisant ? » Et Chris Probyn d’objecter : « La Grèce se voit en quelque sorte offrir une dernière chance de rester dans la zone euro, mais les conditions posées et l’austérité imposée sont telles qu’elles peuvent compromettre ses chances de réussite. En fait, il faudrait que quelqu’un signe un chèque à la Grèce lui permettant de réduire sa dette le plus rapidement possible à un niveau soutenable, soit 90% du PIB – au lieu de 120% à l’horizon de 2020 selon le plan actuel – afin de maximiser ses chances de rester dans la zone euro, puisque c’est ce que tout le monde semble souhaiter (…) Donc quelqu’un, quelque part, doit lui faire ce chèque. (…)

 

 

 

 

 

 

COPYRIGHT-copie-1

 

 

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