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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

La fracture sociale se porte bien ! C'est toujours ça de pris !!!

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C'est une litanie de mauvais chiffres. Le 3 décembre, l'Irlande annonçait un taux de chômage à 7,8 %, du jamais vu depuis 1998 ; le 5 décembre, on apprenait que l'économie américaine avait détruit 533 000 emplois rien que sur le mois de novembre, ce qui n'était pas arrivé depuis trente-quatre ans ! L'Espagne et la France ne sont pas en reste. La première devrait perdre, selon les prévisions de la Fédération des promoteurs de Madrid, 900 000 emplois dans le bâtiment d'ici à 2010 ; en France, les statisticiens sont obligés d'aller rechercher jusqu'en 1984 pour retrouver la même envolée du chômage (+ 64 000 personnes supplémentaires sur un mois) enregistrée en novembre. Le Bureau international du travail (BIT) et l'organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ne s'y trompent pas. L'un comme l'autre estimaient en octobre que la crise risquait d'accroître entre 20 et 25 millions dans le monde, le nombre de personnes sans travail d'ici à 2010.
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Débutée à l'été 2007 avec la faillite de deux fonds d'investissement de la banque américaine Bear Stearns (JP Morgan), la crise bancaire a commencé à contaminer l'économie réelle en 2008. Le marché du travail étant un indicateur conjoncturel décalé - les entreprises se mettent à réduire la voilure une fois qu'elles perçoivent un réel retournement de l'activité -, l'horizon de l'emploi s'est véritablement assombri à l'automne et devrait se noircir davantage en 2009.

On sait par expérience comment les directeurs des ressources humaines (DRH) réagissent, en France ou ailleurs, lorsque le péril économique est là. Pour ajuster la force de travail à la baisse de la production, ils réduisent d'abord, en principe, les heures supplémentaires ; mettent fin ensuite aux missions d'intérim et aux contrats à durée déterminée (CDD) ; ont recours au chômage partiel ; puis enchaînent avec des plans sociaux.

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"Tout ce qu'ils appellent le "gras" disparaît, confirme Philippe Askenazy, directeur de recherche au CNRS, Ecole d'économie de Paris. Et la file d'attente pour les recrutements, quand ces derniers sont indispensables, se forme. Les demandeurs d'emploi les plus qualifiés et les plus récents aux Assedic passent devant les chômeurs de longue durée, souvent les plus fragiles."

Un schéma classique, vécu par exemple lors de la récession de 1993. Pour autant, dans plusieurs pays, la crise actuelle semble innover, en faisant des emplois précaires (CDD, intérim) un amortisseur beaucoup plus important qu'à l'habitude, protégeant du coup davantage le "noyau dur" du salariat : les "insiders". "Ce phénomène est particulièrement sensible en France ou en Espagne, par exemple, où les politiques menées depuis plusieurs années ont conduit au développement d'un marché du travail plus flexible", constate M. Askenazy. Selon l'économiste, cela explique pourquoi le taux de chômage grimpe actuellement plus vite en France et en Espagne qu'en Allemagne, où la flexibilité est moindre. Au sein de l'Hexagone, deux embauches sur trois se font aujourd'hui en CDD.

Une analyse partagée par Eric Heyer.

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Le directeur-adjoint à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) fait remarquer, s'appuyant sur les statistiques de l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss), qu'après une légère baisse en août, le nombre d'heures supplémentaires est reparti à la hausse en septembre et en octobre, où il a atteint 46,8 millions pour ce seul mois.

Depuis la loi travail, emploi et pouvoir d'achat (TEPA), votée en août 2007, les heures supplémentaires bénéficient, il est vrai, d'exonérations supplémentaires. "Ces chiffres montrent, insiste-t-il, que les DRH ont préféré garder leurs salariés (et les exonérations) pour se séparer des plus précaires, ce qui confirme l'existence de la concurrence entre temps de travail et emploi." Une réalité sur laquelle le syndicat des professionnels de l'intérim (Prisme) décidait d'alerter, annonçant à l'automne une baisse de 10 % du nombre d'intérimaires en mission, ce qui se traduit par une "perte de 50 000 emplois" depuis le début de l'année.

On connaît les premières victimes de ce grand nettoyage dans les missions d'intérim : les jeunes, vivier privilégié du travail temporaire. "Nous en voyons de plus en plus franchir les portes de nos missions locales, remarque Annie Jeanne, présidente de l'Association nationale des directeurs de missions locales (ANDML). En plus des jeunes qui cherchent à s'insérer et qui souffrent beaucoup en cette période de crise, nous voyons des moins de 25 ans qui étaient parvenus à une situation professionnelle quasiment stable grâce à l'enchaînement des missions d'intérim - ce qui leur permettait de payer un loyer, d'être autonome - et qui se retrouvent maintenant sans travail."

Pour Philippe Askenazy, "aujourd'hui, le gouvernement devrait avoir plus peur des jeunes que des ouvriers. Et réfléchir à ce qui s'est passé en Grèce".

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Cette relative protection du noyau dur du salariat au détriment des actifs qui sont à la périphérie ne doit pas être une surprise. En septembre 1997, Henri Guaino, alors commissaire général du Plan, s'inquiétait déjà de cette structure du marché du travail français, évoquant le développement inquiétant du sous-emploi et de la précarité, estimant à l'époque que près de 7 millions de personnes étaient directement et indirectement touchées par les difficultés de l'emploi, la "gangrène du chômage". Douze ans plus tard, la situation a empiré. Conseiller spécial du président de la République, M. Guaino n'a pu que le constater. "Les salariés en situation précaire sont tellement nombreux que le nombre de chômeurs pourrait remonter rapidement en France jusqu'à 3 millions", insiste M. Askenazy. Une plaie sociale à laquelle pourrait s'ajouter le mécontentement des salariés en emploi dont le pouvoir d'achat s'érode en raison des restrictions de rémunération que vont imposer les DRH.

Face à toutes ces menaces qui pourraient faire de 2009 l'année de la crise sociale, en France mais aussi dans d'autres pays de l'Union européenne, les gouvernements ont allumé des contre-feux (plans de relance, amplification du traitement social du chômage, etc.). Certains à l'instar de l'Espagne, décidant même de fermer leurs frontières, qu'ils avaient pourtant grandement ouvertes en période de croissance, aux travailleurs immigrés.

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