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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

L’illusion est une image magique qui vaut mieux que "la proie"...

  optical-illusion2

 

Peut-on dire, selon l’expression commune, que « nos sens nous trompent » ?


Ne serait-ce pas plutôt notre esprit qui se trompe sur ce qu’il peut attendre des sens, qui ne font que nous transmettre des informations par des processus qui nous échappent parfois ?


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Il ne s’agit peut-être pas tant d’une sensation fausse que d’une interprétation fausse –mais impossible à dissiper – d’une sensation. Cette illusion est-elle donc bien celle des sens ?

 

En fait, l’illusion la plus forte est celle dont il n’existe aucune désillusion possible.


illusions2.gifPour certains par exemple, la foi religieuse serait l’illusion suprême : la croyance en Dieu et celles qui l’accompagnent généralement (un être tout-puissant et infiniment bon, l’immortalité de l’âme, le paradis et l’enfer pour ceux qui les méritent respectivement, …) se rapportent précisément à ce qu’il y a de plus désirable parmi tout ce que les hommes peuvent espérer, sans qu’aucune justification rationnelle n’en confirme l’existence.

 

Il n’en reste pas moins qu’aucune véritable désillusion ne peut mettre fin à de telles croyances, puisqu’elles se situent précisément hors de toute expérience.


C’est la raison pour laquelle nul ne peut affirmer qu’elles sont bien des illusions, ou plutôt qu’elles ne sont que des illusions, sans conformité à la réalité.


illusion.jpgEn effet, croire ce qui m’arrange pour la seule raison que cela m’arrange, c’est bien être dans l’illusion, mais cela n’empêche pas que, par chance, la réalité soit conforme à mes désirs, sans que je le sache vraiment.


C’est pourquoi on peut enfin se demander si l’illusion, qui réconforte, n’est pas parfois préférable à la réalité, qui peut être désespérante – pour peu que l’on soit à l’abri de la désillusion.


Qu'elle soit illusion des sens, abusés par les apparences, ou illusion de la conscience, abusée par le désir, l'illusion se distingue de l'erreur. L'erreur, qui consiste à se tromper, est seconde.

 

Elle procède d'un jugement, inconsidéré, alors que l'illusion est immédiate. L'illusion elle est affaire de perception ou de sentiment. Elle est le fait d'être trompé.

 

dice illusionLes prisonniers croient voir le monde réel, alors qu'ils n'en voient qu'une image. Ils sont à la fois victime (ne voyant pas le monde réel) et complices (refusant d'être détrompés) de leurs illusions.

 

L'expérience du prisonnier libéré - symbole du philosophe - montre la difficulté qu'il y a à perdre, seul, ses illusions, en raison de l'attachement qui nous lie à elles.


Le scénario…


Tous les scénarii montrent que l'illusion a pour effet de fausser notre rapport au réel.

 

Loin d'être une illusion parmi d'autres, l'illusion des prisonniers est le paradigme de toute illusion, l'illusion ayant pour effet de nous tromper sur la réalité des choses.


platon.jpgLa situation (imaginée par Platon) repose sur une distinction, qui est au cœur de son ontologie - étude de l’être en tant qu’être, sans tenir compte de ses déterminations particulières - , entre le monde (trompeur) des apparences, le monde sensible, et le vrai monde, le monde intelligible.

 

schopenhauer04.jpgPlaton nous donne à comprendre que l'illusion nous retient prisonniers des apparences, dont seule la liberté de l'esprit, peut nous délivrer, grâce à la philosophie !


Penseur particulièrement pessimiste, Schopenhauer a fait voler en éclats les illusions humaines et a exercé sur la philosophie (Nietzsche), sur l’art (Wagner) et la littérature (Maupassant) une influence considérable, souvent sous-estimée par les analystes, qui le considèrent souvent comme un simple commentateur de Kant. 


kant.jpgSur le plan métaphysique, Schopenhauer est en accord avec la limitation de la raison imposée par Kant, mais sur le plan éthique, Schopenhauer réintroduit le sentiment au coeur de la morale, alors que Kant se contentait d'une morale déontologique et formelle. 


Schopenhauer et le tragique de la condition humaine


L’homme se définit comme un animal métaphysique, capable de s’étonner devant sa propre existence et devant le spectacle du monde, un être aspirant à l’absolu.


Zeus123.jpgCette expression "d’animal métaphysique" est demeurée célèbre.

Quant au terme métaphysique, pris substantivement, il désigne, chez Schopenhauer, une discipline ayant la prétention d’être une connaissance dépassant l’expérience et les phénomènes donnés (selon la définition de Kant), une spéculation prétendant s’élever au-dessus des enseignements de l’expérience.

 

D’où naît la métaphysique ?


Elle s’enracine dans l’étonnement et tend à montrer ce qu’il y a d’absolu derrière la nature. Mais, l’homme n’est pas seulement un animal métaphysique : c’est aussi un être religieux, qui s’attache à des mystères, compris comme des dogmes ne pouvant être nettement saisis par la pensée.


trompe-oeil.jpgCet être aspirant à l’absolu est seulement voué, comme toute réalité, au malheur. Au fond de tout existe, en effet, une volonté (un vouloir-vivre), qui poussée aveugle et irrésistible, désir inextinguible de vivre, ne conduit qu’à la souffrance.

 

Le désir est-il insatisfait ? La souffrance domine. La tendance atteint-elle, au contraire, sa satisfaction ? Alors l’ennui l’emporte.

 

Nous oscillons ainsi, tel un pendule, entre l’ennui et la souffrance.


Le bonheur ne désigne donc rien de positif, mais seulement la cessation momentanée d’une douleur ou d’une privation : loin d’apparaître comme plénitude concrète, il représente un simple élément négatif et pessimiste.


nietzsche_440x260.jpgCe pessimisme, Nietzche le mettra à distance, l'impression de bonheur (vrai) devenant, dans son optique, plénitude de sentiment, et non pas simple "négativité".


Tel est le jeu tragique de la vie que nous donne à voir Schopenhauer, ce penseur allemand très pessimiste, avec sa philosophie du détachement.


Comment se délivrer de ce jeu tragique ? 


mainimage.gifLe suicide ne saurait apparaître comme une solution : il désigne davantage l’affirmation passionnée du vouloir-vivre que sa négation réelle.

 

Selon Schopenhauer, l'art peut nous apporter une délivrance et une consolation provisoires.

 

Il transmute, en effet, la douleur en un spectacle représenté, qui efface, par sa beauté, les peines de la vie et nous dédommage des douleurs réelles : cette contemplation pure des choses nous arrache, provisoirement, au cauchemar de l’existence.

 

Nietzsche partagera la vision de Schopenhauer sur l’art et sa fonction consolatrice.


Mais, pour authentiquement s’affranchir, il faut aller jusqu’au Nirvana.


En effet, la philosophie de l’Inde peut ici nous apporter une réelle lumière. Si le vouloir-vivre désigne une puissance sans repos, nous plongeant dans une éternelle douleur, il nous faut nous détacher de cette puissance aveugle de la vie universelle.


Ainsi se définit le Nirvana, comme extinction du désir humain de vivre : l'existence que nus connaissons, celui qui renonce à la volonté de vivre sans peine, et il atteint ainsi le nirvana...

 

freud.jpgDès lors, ce n’est pas la mort que nous devons rechercher (encore qu’elle désigne le moment de l’affranchissement d’une individualité bornée et étroite), mais l’anéantissement suprême du vouloir, atteint dans le Nirvana, terme de la souffrance.


Marylin Monroe ou Freud ?  

 

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Schopenhauer a voulu couper le mal à la racine !

   

 

C’est au désir de vivre, sans cesse renaissant, qu’il faut savoir se rattacher... Pour atteindre, enfin, l’ultime sérénité ! 


 

COPYRIGHT-copie-1

 

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