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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

Karachi, pas fini...

Comment a commencé l'affaire Karachi ?

Le 8 mai 2002, un kamikaze fait exploser sa voiture contre un bus devant l'hôtel Sheraton de Karachi, la capitale économique du Pakistan. L'attentat tue 15 passagers, dont onze Français, qui venaient de monter dans le véhicule les emmenant chaque matin sur leur lieu de travail.

Les victimes françaises sont des ingénieurs de la Direction des constructions navales (la DCN, arsenal d'État, devenue depuis DCNS).

Elles travaillaient à la fabrication de trois sous-marins vendus par la France au Pakistan. Immédiatement après l'attaque, les soupçons se portent sur al-Qaida, huit mois à peine après les attentats du 11 Septembre.

 

 

Comment l'enquête s'oriente-t-elle vers la piste des rétro-commissions ?

En 2008, des perquisitions menées au siège de la DCNS, dans le cadre d'une enquête sur des faits présumés de corruption, relancent. Les enquêteurs mettent en effet la main sur des documents faisant état de commissions versées en marge de contrats de ventes d'armes.

En l'espèce la vente, en 1994 au Pakistan, de sous-marins français Agosta pour un montant de 850 millions d'euros. Pour faciliter la transaction, le versement de commissions à des intermédiaires pakistanais aurait donc été prévu, comme il est alors d'usage et comme la loi ne l'interdit pas encore.

Mais à son arrivée à l'Élysée en 1995, Jacques Chirac ordonne l'arrêt du versement de ces commissions.

Or l'une des notes versées au dossier de l'instruction indique que «l'attentat de Karachi a été réalisé grâce à des complicités au sein de l'armée (pakistanaise) et au sein des bureaux de soutien aux guérillas islamistes» des services secrets pakistanais.

Selon le document, «les personnalités ayant instrumentalisé le groupe islamiste qui a mené à bien l'action poursuivaient un but financier : obtenir le versement de commissions non honorées».

En clair, l'attentat aurait été commandité, en matière de représailles, par de hauts responsables pakistanais mécontents de ne pas recevoir l'argent promis.

Comme dans l'affaire des frégates de Taïwan, on soupçonne vite que le versement de commissions destinées à faciliter la vente des sous-marins au Pakistan a donné lieu au versement de rétro-commissions.

C'est-à-dire qu'une partie de l'argent serait revenue en France pour bénéficier à certaines personnes impliquées dans la vente.

 

 

Comment le nom d'Édouard Balladur apparaît-il dans cette affaire ?

À partir du moment où les enquêteurs envisagent l’existence d’un réseau de corruption autour du contrat Agosta, ils tentent d'en identifier les bénéficiaires.

En France, les regards se tournent vers Édouard Balladur. Comme premier ministre, c'est lui qui a autorisé la vente des sous-marins.

Comme candidat à la présidentielle de 1995, il aurait pu bénéficier de l'argent des rétrocommisisons pour financer une partie de sa campagne.

C'est en tout cas la thèse d'Olivier Morice, avocat de plusieurs familles des victimes de l'attentat de Karachi.

Cela expliquerait selon lui pourquoi Jacques Chirac a ordonné en 1995 l'arrêt du versement des commissions, ne voulant pas que celles-ci financent la campagne de son ex-rival.

En avril, ces soupçons se font plus précis quand le quotidien Libération entre le déblocage de commissions destinées au Pakistan et un versement de 10 millions de francs (1,5 million d'euros) effectué, à la même époque et en espèces, sur le compte de l'Association pour le financement de la campagne d'Édouard Balladur (Aficeb).

Le journal, qui s'appuie sur des documents mais n'apporte pas la preuve de ce lien, s'étonne notamment que « la moitié de ces 10 millions a été apportée en grosses coupures », alors que l'argent est censé avoir été collecté lors de meetings électoraux. Élément troublant, en 1995, les rapporteurs du Conseil constitutionnel, chargés d'examiner les comptes de campagne d'Édouard Balladur, avaient conseillé leur rejet.

Un avis non suivi par le président des Sages d'alors, Roland Dumas.

 

 

Et celui de Nicolas Sarkozy ?

article sarko-balla2En 1995, Nicolas Sarkozy est le ministre du Budget d'Édouard Balladur, ainsi que le porte-parole de campagne du candidat à la présidentielle.

Il paraît donc bien placé, à la fois pour connaître le détail des versements effectués par la France au Pakistan, et pour être au courant d'éventuels financements occultes de la campagne de son mentor.

Interrogé sur cette affaire lors d'une conférence de presse en juin 2009, celui qui est entretemps devenu président balaie le sujet, parlant d'une « fable » :

 
           
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