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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

France Télécom, une tragédie d’Etat

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Didier Lombard a annoncé le 1er février sa décision de quitter ses fonctions de directeur général de France Télécom. C’est un triste jour pour lui et pour un secteur dans lequel il avait commencé à travailler il y a plus de quarante ans, du temps où il existait encore un ministère des Télécommunications. Toutefois, après la vague de suicides qui a entamé l’image de son groupe, son départ était devenu inévitable.

Le suicide, en dix-huit mois, de vingt-quatre salariés de France Télécom a provoqué un tollé. Dans un pays qui présente un taux de suicide relativement élevé par rapport au reste de l’Europe de l’Ouest, la mort de ces salariés a fini par symboliser la maladresse avec laquelle était menée la restructuration de la société. Pour compenser le déclin de la téléphonie fixe, autrefois cœur de métier du groupe, Didier Lombard avait voulu développer de nouveaux services et activités. Mais, en déléguant trop la gestion quotidienne de France Telecom, il n’a pas pu sentir que cette réorganisation se passait mal. Il a ensuite été trop lent à réviser les pratiques de management qui étaient mises en accusation.

stephane-richard-453885.jpgC’est donc dès le 1er mars, et non en mai 2011, que Stéphane Richard, son remplaçant désigné, qui était de plus en plus impatient de reprendre le flambeau, va lui succéder. Didier Lombard demeurera président du groupe. Il est vrai que France Télécom a besoin, en son sein, de quelqu’un ayant une profonde connaissance du secteur des télécommunications mais, en l’état actuel des choses, Didier Lombard n’est pas la bonne personne pour cela. On voit mal comment lui et Stéphane Richard pourraient former un tandem de travail efficace, alors que sa simple présence empêche de tirer un trait sur les récents événements. Il ne doit pas retarder son départ.

Le gouvernement français, qui détient 27 % des parts de France Télécom, a sa part de responsabilité dans ce qui s’est passé. L’Etat a été un actionnaire déraisonnable. Il a provoqué des tensions insupportables en exigeant de France Télécom qu’il devienne un champion d’envergure mondiale, mais sans que des emplois français se trouvent sacrifiés. Il n’est pas étonnant que France Télécom ait eu des difficultés. Réduire les coûts aurait déjà été douloureux si le groupe avait eu les mains libres ; réduire les coûts tout en protégeant l’emploi ne pouvait que finir dans les larmes.

Un gouvernement peut très bien décider qu’une entreprise publique – ou partiellement publique – adopte des normes différentes de celles de ses concurrents privés dans la gestion de son personnel ou de ses clients. Il ne peut toutefois pas en exiger par la suite des performances égales ou supérieures à celles de concurrents qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes.


Pour que France Télécom prenne un nouveau départ, il faut d’abord que les responsables politiques français reconnaissent qu’ils ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

 



 

 

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