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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

Accepter de vieillir...?

 
Dans La touche étoile, Benoîte Groulx traite du vieillissement, surtout au début de son dernier roman. Elle écrit notamment que c’est aussi pénible d’être âgé que d’être obèse. Avec cette différence… de taille… que la vieillesse est sans remède. Elle en remet quand elle ajoute : En plus d’ouvrir la porte à bon nombre de maladies, la vieillesse est une maladie en soi. Il importe donc de ne pas la contracter.
Ce n’est pas le premier écrivain qui décrie le 3e âge. Chateaubriand affirmait que la vieillesse est un naufrage, les vieux sont des épaves ! Et ces mots affreux devaient être repris par Charles de Gaulle à l’Assemblée nationale française.
Ce sont là des propos fort impertinents qui nourrissent les mythes du vieillissement. Trop de gens considèrent cette phase de la vie comme vouée aux déboires, à l’échec et aux frustrations de toutes sortes. En effet, ils croient que les vieux sont improductifs, souvent malades, souffrent de déclin intellectuel quand ce n’est pas de sénilité
Quand on vieillit, il est d’abord primordial d’accepter que nous sommes arrivés à une autre étape de notre vie, même si les pertes du vieillissement s’amènent subtilement. L’oreille qui entend moins bien, la peau et ses ridules accompagnées de taches brunissantes, le médecin vous prévenant d’un début de cataracte, la calvitie, le sens gustatif qui s’émousse et les raideurs articulaires souvent présentes le matin… Il faut faire avec, disent plusieurs et c’est précisément ça accepter les pertes du vieillissement. La force de l’âge, n’est-ce pas de vivre son âge !
Tout le monde sait aussi que la mémoire fait des siennes quand on franchit le cap des 60 ou 70 ans. Ne pas se rappeler un nom propre ou ne plus savoir ce qu’on vient chercher dans une pièce, ce sont des difficultés banales dont il faut rire. Les pertes graves de mémoire, vérifiables par des tests, peuvent être annonciatrices d’un déclin sérieux lié à la maladie d’Alzheimer. Comme le dit la boutade, si vous vous ne souvenez pas où sont vos lunettes, ça peut toujours passer; si vous avez oublié que vous devez porter des lunettes, c’est dramatique.
Mais le grand problème, c’est que les choses s’amplifient avec le temps. Ce seront les prothèses auditives pour celui-ci, les interventions chirurgicales plus ou moins mineures pour celle-là et pour d’autres, les débuts d’une autonomie un tant soit peu réduite : l’arthrose se sera attaquée à la hanche ou à un genou.    
Passons sous silence l’apparition des maladies dégénératives qui peuvent, bien sûr, présenter des rémissions alors que certaines, comme les maladies de Parkinson ou d’Alzheimer marqueront un accroissement de la dépendance… Là comme ailleurs, l’acceptation difficile, qui n’a rien de l’abandon du combat, devra être au rendez-vous.
Sur le plan des relations humaines, la perte des proches ou des amis représente souvent des coups durs pour les aînés que nous sommes. Avec raison, certains peuvent fort mal réagir surtout quand il s’agit d’un membre de la famille.
La mort d’un conjoint est une des plus grandes épreuves à traverser… les souvenirs demeurent et la blessure ne se referme pas. Nous ne sommes pas habitués à ces départs puisque nous nourrissons souvent, dans notre quotidienneté, la fallacieuse impression que nous sommes immortels : ce sont les autres qui meurent, ceux que l’on ne connaît pas…
Non seulement ces pertes ont-elles un impact direct sur la vie personnelle, mais elles ont des effets négatifs sur le sens de l’identité, l’image de soi, le système de valeurs et l’espoir en l’avenir.
 
Malheureusement, personne ne peut échapper à ce déclin et chacun y réagit à sa manière. Les uns se montrent pessimistes, voire fatalistes, ce qui décourage en eux tout effort de croissance. D’autres verront les choses d’un œil différent et décideront de profiter de cette dernière étape de la vie pour continuer à progresser.
Auteur de plusieurs ouvrages de gérontologie, le professeur Jacques Laforest soutient : Personne ne peut espérer de bien vieillir s’il n’assume pas les pertes de la vieillesse et la perspective de la mort prochaine qu’elles annoncent. C’est le point critique où se dessine l’orientation définitive d’une vieillesse : ou bien ce sera la plénitude d’une vie à l’approche de son sommet, ou bien ce sera la tristesse de la mort déjà commencée.
 
Une réalité demeure toutefois incontournable : pour mieux accepter les effets du vieillissement et pour vivre plus longtemps, les aînés doivent composer avec les phénomènes liés au crépuscule de la vie. Ils doivent retrouver leur joie de vivre et réfléchir à ce qu’ils deviennent dans un climat de sérénité et de lucidité, sans oublier… qu’ils ne sont pas immortels, ce qui donne tout son prix à la vie.
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