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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

Sexe et amour... Points de vue des maîtres et de l’histoire des siècles.

Face à nos faillites amoureuses, la sagesse philosophique peut-elle apporter un remède ?

Peut-être…

« Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais… ». La philosophie de l’amour est en tout cas un territoire à reconquérir d’urgence.

Pourquoi ? Parce que « penser l’expérience amoureuse est une des seules formes de résistance possible au nihilisme ambiant, qui, avec la flétrissure de l’acte sexuel réduit à un libertinage morbide mais pas forcément « mortel » (!), a trouvé son arme de destruction massive ». Lourde tâche.

La philosophie, éprise de raison, se méfie comme de la peste de l’amour, synonyme de désordre, de chaos et de sentiments incontrôlables.

À cela, il faut ajouter un autre handicap : « La philo est très masculine. On entend donc le son de cloche d’une seule moitié d’humanité. L’anxiété face au féminin est déjà vive chez le commun mâle des mortels.

Elle devient exponentielle chez les philosophes, êtres intransigeants par nature. » Ils ont résolu, jusqu’ici, le problème avec la même intransigeance : les hommes règnent sur l’esprit, les femmes enfantent…

Sexe et amour... Points de vue des maîtres et de l’histoire des siècles.
Sexe et amour... Points de vue des maîtres et de l’histoire des siècles.

Une théorie… loin de la pratique

Les philosophes n’ont pas beaucoup de leçons à nous donner. À tout seigneur, tout honneur, en commençant par Platon (427-348 av. J.-C.), auteur du mythe fondateur suivant : à l’origine, l’homme était une sphère, que le facétieux Zeus a jugé bon de couper en deux; depuis, nous cherchons de par le monde notre moitié manquante, qui nous attend sans doute quelque part.

Dans la pratique, pour Platon et ses camarades du Banquet, l’amour physique est le meilleur moyen pour accéder au divin. Or chez les penseurs grecs, il faut, pour y parvenir, passer par (sur) le corps de jeunes et beaux éphèbes, en aucun cas par le féminin, voué à la triviale reproduction.

Sexe et amour... Points de vue des maîtres et de l’histoire des siècles.
Sexe et amour... Points de vue des maîtres et de l’histoire des siècles.

Montaigne (1533-1592) adorait conserver dans sa moustache, longtemps après l’amour, « l’odeur des baisers gluants ». Sceptique, l’auteur des Essais est sans illusion sur l’amour, pour lui, limité à « une agitation éveillée, vive et gaie ».

Il se moque des prudes, « celles qui n’y vont que d’une fesse », mais fait preuve, chose rarissime à son époque, de considération pour le féminin, qu’il place sur un pied d’égalité, et pas seulement en ce qui concerne le sexe.

« Il n’a rien de généreux, écrit-il, celui qui peut recevoir du plaisir où il n’en donne point. »

Sexe et amour... Points de vue des maîtres et de l’histoire des siècles.
Sexe et amour... Points de vue des maîtres et de l’histoire des siècles.

Rationaliser pour moins souffrir

On ne peut pas, en revanche, reprocher à Kant (1724-1804), l’auteur des Fondements de la métaphysique des mœurs, de manquer de cohérence. Sa vie est à l’image de son œuvre : désincarnée. Il n’a jamais dérogé à sa devise « Agis toujours de telle manière que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle. » De quoi rester intouchable et intouché.

Nietzsche (1844-1900) donne enfin à l’amour le beau rôle, celui de générateur absolu de toute créativité. Même si, dans les faits, sa vie sentimentale fut un désastre. Celui qui n’attendait pas un quart d’heure pour demander – en vain – la main de la première jeune fille venue, a souffert d’une passion mal récompensée pour la belle Lou Andréas-Salomé, égérie de Freud et du poète Rilke. Il a vécu sous la coupe d’Elisabeth, sa sœur infernale, qui détourna sa pensée au profit des nazis…

Sexe et amour... Points de vue des maîtres et de l’histoire des siècles.
Sexe et amour... Points de vue des maîtres et de l’histoire des siècles.

Heureusement, les couples ne sont pas absents de l’histoire de la philosophie !

Hannah Arendt (1906-1975), la plus grande passion de Martin Heidegger, son « battement d’aile d’Éros », dit : « L’amour est en premier lieu la puissance de la vie ?

Nous appartenons aux vivants du fait que nous sommes sous les ordres de cette puissance. Celui qui n’a jamais subi cette puissance ne vit pas, il ne fait pas partie des vivants. »

Quant à Jean-Paul Sartre (et Simone de Beauvoir), séducteur peu scrupuleux, on peut le prendre en flagrant délit de romantisme dans L’Être et le Néant. Il y décrit l’amour comme une forme de capture subtile.

On n’aime vraiment ni un esclave ni un être trop autonome. Il y a un équilibre à trouver, toujours instable, toujours à réinventer.

Le fondement de la joie d’amour, ajoute le complice de la « jeune fille rangée », c’est de se sentir justifié d’exister.

Le commerce des philosophes a-t-il une utilité dans notre aventure amoureuse ? « Entre la prise de distance vis-à-vis de ses affects au risque de les dessécher et la passion engluante, il y a un équilibre à trouver.

Jusqu’à présent, la rationalisation ne nous a pas préservés des tourments de la passion ! » L’amour est une guerre, on peut en mourir : pour ce combat, la philosophie est une arme secrète… »

Sexe et amour... Points de vue des maîtres et de l’histoire des siècles.
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