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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

L’AVENIR EST UN MIROIR SANS GLACE.

On nous a dit, il y a bien longtemps, que là dans le miroir, c'était nous.

Et nous l'avons cru. Et nous avons eu tort. 

Quoi de plus naturel, quoi de plus machinal que de se regarder dans la glace pour rectifier sa coiffure ou le nœud de sa cravate ? Pourtant, si l'on y réfléchit un petit peu (c'est bien le cas de le dire) le miroir est quelque chose de tout à fait étrange.

L’AVENIR EST UN MIROIR SANS GLACE.

Comme une porte dérobée ouverte dans le mur, le miroir entrouvre un monde parallèle, énigmatique et illusoire. Le miroir dédouble le monde. Plus exactement, il crée de toutes pièces une représentation du monde.

Dire que « Là, dans la glace, c'est moi » cela supposerait en effet que je sois le même des deux côtés du miroir.

Ce qui est faux, puisque de ce côté-ci il y a le réel, et de l'autre une image virtuelle. De ce côté-ci du miroir, il n'y a pas la même chose que l'image. Enfin et surtout, si l'autre dans le miroir, c'est moi, alors qui est celui qui se trouve de ce côté-ci du miroir ?

L’AVENIR EST UN MIROIR SANS GLACE.

Car l'autre dans le miroir, c'est celui qui est regardé, l'objet du regard, alors que de ce côté-ci, il y a celui qui regarde, c'est-à-dire le sujet du regard. Vous voyez bien que ça fait une différence énorme. La différence, précisément, qui fait que je suis moi au lieu d'être un quidam parmi quelques milliards d'autres.

Le miroir est censé répondre à la question : Qui suis-je, moi ? 

Malheureusement le fait de se regarder dans la glace ne permet pas de se connaître. Si je me regarde dans le miroir, c'est exactement comme si je regardais quelqu'un d'autre. Et quand bien même j'arriverais à connaître celui qui est derrière le miroir, je ne connaîtrais toujours pas celui qui est de ce côté-ci, celui qui est en train de le regarder.

L’AVENIR EST UN MIROIR SANS GLACE.

Et c'est celui-là, justement, qui m'intéresse. La question existentielle, ce n'est pas De quoi j'ai l'air ? Mais bien Qui suis-je ?

Le problème, il est bien là : « qui est celui qui regarde ? »

L'autre en face, celui qui est regardé, il est devenu un autre - comme les autres, quoi. Il ne présente pas de mystère, parce que le mystère, c'est ce statut d'observateur que j'ai et que lui n'a pas. Je suis certain de ce que je vois, et je ne peux que supposer ce que voit l'autre.

On a longtemps pensé qu'il y avait d'abord un être humain, puis que cet être humain acquérait une conscience, ensuite qu'avec cette conscience, il prenait possession du monde.

On avait juste oublié de se poser une question préalable : « Comment peut-on parler d'un être humain au départ si personne d'autre n'était là pour en avoir conscience ? D'où est sorti, cet être humain ? Et comment pouvait-il y avoir un monde ?...

Pour que le monde existe, il faut que quelqu'un l'ait rencontré, vu, entendu, touché, ressenti … La seule chose dont on soit sûr, c'est qu'il y a conscience de quelque chose.

Soit il y a de la conscience, soit il n’y a rien.

S'il y a quelque chose plutôt que rien, c'est qu'il y a conscience de quelque chose. Et cette conscience, c'est toujours la mienne. Comment le monde existe pour les autres, je n'en sais rien. Et quand ils m'en parlent, c'est toujours moi qui entends et qui interprète ce qu'ils m'en disent. Au fond, celui qui dit Il n'y a qu'à moi que ça arrive n'a pas tout à fait tort.

L’AVENIR EST UN MIROIR SANS GLACE.

Descartes posait déjà le problème il y a plus de trois cents ans : « si une image se forme dans l'œil, alors il faudrait qu'il y ait un autre œil à l'intérieur de l'œil, pour voir l'image, et comme ça à l'infini ».

Le modèle scientifique de la vision fonctionne tant qu'il y a un scientifique en dehors du coup pour regarder quelqu'un qui regarde quelqu'un ou quelque chose d'autre, et qui regarde les rayons lumineux se diriger de l'un vers l'autre. Mais si j'enlève le scientifique, si c'est moi qui suis l'observateur, ça ne marche plus.

La vision fonctionne pour tout le monde, sauf pour moi.

Il y a une quinzaine d'années le philosophe John Roger Searle écrivait : « Le modèle de la vision repose sur le présupposé qu'il y a une distinction entre la chose vue et le fait de la voir. Là où il est question de subjectivité consciente, il n'y a aucune distinction entre l'observation et la chose observée, entre la perception et l'objet perçu.

L’AVENIR EST UN MIROIR SANS GLACE.

Toute introspection de mon propre état conscient, quelle qu'elle soit, est elle-même cet état conscient. »

Au 2e siècle, un philosophe indien, Nagarjuna, disait déjà à peu près la même chose : « Peut-on imaginer un regard sans un œil qui voie ? Peut-on imaginer un regard sans quelque chose à voir ? Peut-on imaginer un œil qui ne voit pas, un œil sans regard, ou un spectacle qui ne serait pas vu ? »

 

En fait, l'œil, la vision et le spectacle ne font qu'un seul phénomène, celui que nous désignons par l'expression : « j'ai vu… », Ou « je vois… ». Un seul phénomène, auquel nous attribuons deux côtés : moi, et l'autre dans la glace.

Comme l'objet n'est jamais tout seul, on ne peut jamais dire comment il est vraiment !

Bref, que l'objet vu n'existe pas tout seul, ou, pour simplifier beaucoup, c’est la relation de la poule et de l'œuf. C'est le miroir (et aussi le langage) qui nous donnent à croire qu'il y a un sujet qui regarde et un objet qui est regardé.

L’AVENIR EST UN MIROIR SANS GLACE.
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