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ANDREBIO

05/02/2016 15:46

Il n’y pas de véritable action sans volonté.

Il n’y pas de véritable action sans volonté.

Nous accepterons cette définition comme vraie, inattaquable.


Or, rien n'est plus faux, et cette volonté, que nous revendiquons si fièrement, cède toujours le pas à l'imagination. C'est une règle absolue, qui ne souffre aucune exception. Blasphème ! Paradoxe ! Vous écrierez-vous. Nullement. Vérité, pure vérité, vous répondrai-je.


Et pour vous en convaincre, ouvrez les yeux, regardez autour de vous, et sachez comprendre ce que vous voyez. Vous vous rendrez compte alors que ce que je vous dis n'est pas une théorie en l'air, enfantée par un cerveau malade, mais la simple expression de ce qui est.

Supposons que nous placions sur le sol une planche de 10 mètres de long sur 0 m. 25 de large, il est évident que tout le monde sera capable d'aller d'un bout à l'autre de cette planche sans mettre le pied à côté.

Changeons les conditions de l'expérience et supposons cette planche placée à la hauteur des tours d'une cathédrale, quelle est donc la personne qui sera capable de s'avancer, seulement d'un mètre, sur cet étroit chemin ?

Est-ce vous qui m'écoutez ? Non, sans doute. Vous n'auriez pas fait deux pas que vous vous mettriez à trembler et que, malgré tous vos efforts de volonté, vous tomberiez infailliblement sur le sol.

Il n’y pas de véritable action sans volonté.

Pourquoi donc ne tomberez-vous pas si la planche est à terre et pourquoi tomberez-vous si elle est élevée ?

Tout simplement parce que, dans le premier cas, vous vous imaginez qu'il vous est facile d'aller jusqu'au bout de cette planche, tandis que, dans le second, vous vous imaginez que vous ne le pouvez pas.


Remarquez que vous avez beau vouloir avancer : si vous vous imaginez que vous ne le pouvez pas, vous êtes dans l'impossibilité absolue de le faire.

Si des couvreurs, des charpentiers, sont capables d'accomplir cette action, c'est qu'ils s'imaginent qu'ils le peuvent.


Le vertige n'a pas d'autre cause que l'image que nous nous faisons que nous allons tomber; cette image se transforme immédiatement en acte, malgré tous nos efforts de volonté, d'autant plus vite même que ces efforts sont plus violents.


Considérons une personne atteinte d'insomnie. Si elle ne fait pas d'efforts pour dormir, elle restera tranquille dans son lit.

Il n’y pas de véritable action sans volonté.

Si, au contraire, elle veut dormir, plus elle fait d'efforts, plus elle est agitée.


N'avez-vous pas remarqué que plus vous voulez trouver le nom d'une personne que vous croyez avoir oublié, plus il vous fuit, jusqu'au moment où substituant dans votre esprit l'idée "ça va revenir" à l'idée "j'ai oublié" le nom vous revient tout seul, sans le moindre effort ?

Que ceux qui font de la bicyclette se rappellent leurs débuts. Ils étaient sur la route, se cramponnant à leur guidon, dans la crainte de tomber. Tout à coup, apercevant au milieu du chemin un simple petit caillou ou un cheval, ils cherchaient à éviter l'obstacle, plus droit ils se dirigeaient sur lui.

Il n’y pas de véritable action sans volonté.

À qui n'est-il pas arrivé d'avoir le fou rire, c'est-à-dire un rire qui éclatait d'autant plus violemment que l'on faisait plus d'efforts pour le retenir ?


Que est l'état d'esprit de chacun. "Je veux ne pas tomber, mais je ne peux pas m'en empêcher; je veux dormir, mais je ne peux pas; je veux trouver le nom de Madame Chose, mais je ne peux pas; je veux éviter l'obstacle, mais je ne peux pas; je veux contenir mon rire, mais je ne peux pas.

Dans le même ordre d'idées, ne voyons-nous pas qu'un chef qui se précipite en avant, à la tête de ses troupes, les entraîne toujours après lui, tandis que le cri : "Sauve qui peut !" détermine presque fatalement une déroute ?

Pourquoi ? C'est que, dans le premier cas, les hommes s'imaginent qu'ils doivent marcher en avant et que, dans le second, ils s'imaginent qu'ils sont vaincus et qu'il leur faut fuir pour échapper à la mort.

Il n’y pas de véritable action sans volonté.

Panurge n'ignorait pas la contagion de l'exemple, c'est-à-dire l'action de l'imagination, quand, pour se venger d'un marchand avec lequel il naviguait, il lui achetait son plus gros mouton et le jetait à la mer, certain d'avance que le troupeau suivrait tout entier, ce qui eut lieu, du reste.

Nous autres, hommes, nous ressemblons plus ou moins à la gent moutonnière et, contre notre gré, nous suivons irrésistiblement l'exemple d'autrui, nous imaginant que nous ne pouvons faire autrement.

Il n’y pas de véritable action sans volonté.

Je pourrais citer encore mille autres exemples, mais je crains que cette énumération ne devienne fastidieuse.

Je ne puis cependant passer sous silence ce qui démontre la puissance énorme de l'imagination, autrement dit, de l'inconscient dans sa lutte contre la volonté.

Il y a des ivrognes qui voudraient bien ne plus boire, mais qui ne peuvent s'empêcher de le faire. Interrogez-les, ils vous répondront, en toute sincérité, qu'ils voudraient être sobres, que la boisson les dégoûte, mais qu'ils sont irrésistiblement poussés à boire, malgré leur volonté, malgré le mal qu'ils savent que cela leur fera...

Il n’y pas de véritable action sans volonté.

De même, certains criminels commettent des crimes malgré eux, et quand on leur demande pourquoi ils ont agi ainsi, ils répondent : "Je n'ai pas pu m'en empêcher, cela me poussait, c'était plus fort que moi."


Et l'ivrogne et le criminel disent vrai; ils sont forcés de faire ce qu'ils font, par la seule raison qu'ils s'imaginent ne pas pouvoir s'en empêcher.


Ainsi donc, nous qui sommes si fiers de notre volonté, nous qui croyons faire librement ce que nous faisons, nous ne sommes en réalité que pauvres fantoches dont notre imagination tient tous les fils.

Nous se cessons d'être ces fantoches que lorsque nous avons appris à la conduire.

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S
Avoir la volonté c'est bien et ne pas se laisser berner ou mener par le bout du nez c'est bien aussi mais la volonté doit se "combiner" aussi à la raison sinon on fait des bêtises. !
Rencontrer quelqu'un et vouloir l'épouser 3 mois après est une de ces âneries que l'on ne devrait pas faire si la raison l'emportait sur la volonté .
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M
Volonté de faire
Ou volonté de ne pas faire
Il est parfois difficile de ne pas accéder à la demande de quelqu'un. On n'ose pas refuser !!
C'est ainsi qu'on en arrive au règne de l'enfant-roi à qui on ne refuse plus rien !!!
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